MAR 26 MARS 20H
durée estimée 1h30
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GRANDE SALLE
tarif A
THÉÂTRE
dès 10 ans

AUTOUR DU SPECTACLE
scène ouverte

Rien ne se passe jamais comme prévu

MISE EN SCÈNE LUCIE BERELOWITSCH
COMPAGNIE LES 3 SENTIERS

 

Du conte russe populaire au conte musical contemporain.

Jonas vit dans une banlieue appelée le Bord Lac avec son père qui s'occupe seul de ses trois enfants. Leur unique richesse est un pommier aux fruits d'or, qui disparaissent étrangement. Une nuit, Jonas découvre le voleur. Il tente de prévenir sa famille, mais personne ne le croit. Il décide alors de quitter le village pour partir à la recherche de ce mystérieux oiseau de feu chapardeur. Débute ainsi un voyage vers une forêt interdite, qui entraînera un bouleversement familial…

Après L'histoire du Soldat de Ramuz et Stravinsky et Le gars de Marina Tsvetaeva, Lucie Berelowitsch poursuit sa recherche sur les contes. Rien ne se passe jamais comme prévu s'inspire librement de L'Oiseau de feu et de ses adaptations par Stravinsky et Maeterlink. La metteuse en scène, en collaboration avec le dramaturge Kevin Keiss, y interroge les histoires que l'on se raconte, notre identité au sein d'une famille et comment les liens se modifient après un départ. Porté par la comédienne chanteuse Camélia Jordana et le comédien Niels Schneider, le spectacle prend la forme d'un conte musical, le jeu des protagonistes interagissant avec les chansons originales pop-rock aux accents folkloriques.

Adaptation et dramaturgie Kevin Keiss. Théâtre musical librement inspiré du conte russe L'Oiseau de Feu et de son adaptation par Stravinsky, ainsi que de L'Oiseau Bleu de Maeterlink. Avec Camelia Jordana et Niels Schneider (distribution en cours). Création sonore Sylvain Jacques. Composition des chansons Camelia Jordana. Lumières Kelig Le Bars. Scénographie Jean-Baptiste Bellon.

Production Les 3 Sentiers. Coproduction Théâtre Paris-Villette dans le cadre de la résidence associée 2018 au Grand-Parquet, Théâtre-Cinéma Paul Éluard de Choisy-le-Roi, Scène conventionnée pour la diversité linguistique. Soutien La Chartreuse – Centre national des Ecritures du Spectacle, La Mue Centre de résidence de Création Pluridisciplinaire.

© photo : Neil Rosenstech

Site de la compagnie


Dans l'Apocalypse, l'ange jure qu'il n'y aura plus de temps, dit Kirilov ensuite.
- Je le sais. C'est très vrai. Quand tout homme aura atteint le bonheur, il n'y aura plus de temps parce qu'il ne sera plus nécessaire. C'est une pensée très juste.
- Où donc le mettra-t-on?
- On ne le mettra nulle part. Le temps n'est pas un objet, mais une idée. Cette idée s'effacera de l'esprit.

Stavroguine et Kirilov, Les Démons de Dostoïevski


illustration

L'histoire de l'Oiseau de Feu, telle que présentée dans le livret de Stravinsky, est construite comme suit :
Ivan Tsarévitch, le plus jeune fils du tsar, lors d'une partie de chasse, s'aventure dans une partie inconnue de la forêt. Il ressent une inquiétude grandissante. Il y voit un oiseau merveilleux, tout d'or et de flammes ; il le poursuit sans pouvoir s'en emparer, et ne réussit qu'à lui arracher une de ses plumes scintillantes. Sa poursuite le mène jusque dans les domaines de Kachtcheï l'Immortel, le redoutable demi-dieu qui veut s'emparer de lui et le changer en pierre, ainsi qu'il l'a déjà fait avec d'autres chevaliers. Ivan Tsarévitch réussit à capturer l'Oiseau de feu dans l'arbre aux pommes d'or du jardin de Kachtcheï et, en échange de sa liberté, l'Oiseau de feu lui donne une de ses plumes enflammées. La porte du château de Kachtcheï s'ouvre et treize Princesses en sortent, dont la Princesse de la Beauté Sublime. Elles jouent avec les pommes d'or et la Princesse de la Beauté Sublime fait tomber la sienne dans un buisson derrière lequel s'est caché Ivan. En la récupérant, elle le voit et ils tombent amoureux. Les Princesses retournent dans le palais et Ivan, ne pouvant vivre sans la Princesse de la Beauté Sublime, tente d'entrer dans le château, ce qui déclenche le carillon magique. Il est capturé par les gardiens de Kachtcheï. Ce dernier arrive et le questionne, mais Ivan lui crache au visage. Il est alors placé contre un mur de pierre et Kachtcheï débute l'incantation qui le changera en pierre. Soudainement, Ivan se souvient de la plume de l'Oiseau de feu. Il l'agite et l'oiseau apparaît, rompant le sortilège de Kachtcheï et l'endormant lui et ses serviteurs dans un profond sommeil. Le soleil dissipe les ténèbres, le palais de Kachtchei s'effondre, Ivan peut alors retrouver la princesse.

Dans le conte original tel que recueilli par Afanassiev, Ivan est le cadet d'une fratrie de trois garçons, leur père, le tsar Demian, possède un jardin incroyable, plein de fleurs et d'arbres précieux, dont un pommier aux pommes d'or. Chaque nuit, un mystérieux voleur vole une pomme. Ivan tsarévitch est le seul à voir le voleur : un oiseau de feu. En partant à sa recherche, il sera aidé par un loup, dont la relation amicale restera ambiguë tout au long du conte.


Au début personne ne s'est inquiété
Chacun par une solution était occupé
Comment du voleur se débarrasser?
Mettre un grillage autour du pommier
Rien ne se passe
Rien ne se passe jamais comme prévu
Ma jeunesse Rien
Ma maison Rien
Ma famille Rien
Le pommier sait-il qu'il est le dernier?
Je voudrais mettre ses fleurs à mon cou
Et danser *

J'ai découvert les contes russes dans mon enfance, par ma culture familiale.
J'ai ensuite monté L'histoire du Soldat de Stravinsky et Ramuz, inspiré d'un conte russe. Puis, en co-mise en scène avec Vladimir Pankov, Le gars de Marina Tsvetaieva, à nouveau inspiré d'un conte folklorique russe, Le Fiancé Vampire.
Je me suis ainsi replongée régulièrement dans ces contes, grâce au recueil d'Afanassiev, ethnologue qui a recueilli au 19ème siècle des contes à travers toute la Russie.
Ces contes étaient transmis oralement, et possèdent un style et un rythme propres, distincts de ceux de la littérature proprement dite. Ils se construisent avec des répétitions ternaires, des mots rimant entre eux, des incantations, des proverbes, des phrases rituelles, et oscillent entre merveilleux et réalisme. Dans ce merveilleux, s'opposent deux mondes : ce monde-ci, et «l'autre monde », monde de l'au-delà, d'après la mort.
Vladimir Propp relie les contes russes en cela aux mythes et aux croyances anciennes, aux rites d'initiation, ou rites de passages, et aux différentes conceptions de la mort dans les sociétés primitives.
Le héros, pouvant ainsi rentrer dans cet autre monde et en sortir, devient une sorte de chamane.
Ces thématiques sont aussi présentes dans la pièce L'Oiseau bleu, de Maeterlink, où le frère et la soeur vont chercher l'oiseau bleu pour guérir une petite fille malade et en chemin rencontrent leurs grands-parents morts, leur petit frère pas encore né…
Se posent ainsi les questions du passage entre le monde des vivants et le monde des morts.
Je souhaite aussi travailler sur la question de la famille et de la fratrie, de l'importance que l'on accorde à une parole donnée, des choix à faire, de l'objet de notre quête, et de la distorsion du temps.
Dans notre histoire, le héros, Jonas, vient d'une famille pauvre, leur seule richesse étant ce pommier aux pommes d'or. Et quand il découvrira et nommera le voleur, à la façon de Peer Gynt, personne ne le croira.

Je souhaite travailler cette adaptation en étroite collaboration avec le dramaturge Kevin Keiss et l'équipe artistique. Le projet se construira en plusieurs étapes : des étapes d'écriture avec Kevin Keiss, des étapes au plateau de lectures et d'improvisations avec les comédiens, créant ainsi des allers-retours afin de construire un projet nous appartenant à tous. De la même façon que Stravinsky s'est inspiré de plusieurs contes pour écrire sa musique, je m'inspire de plusieurs sources.
Je cherche à créer avec toute l'équipe une synergie de groupe, c'est à dire que toutes les énergies se répondent et interagissent : acteurs, musique, scénographie, chorégraphie, lumières, et direction de la mise en scène.
Cette méthode de travail nous permettra de trouver, tous ensemble, cet univers, questionnant la juste distance avec le conte : qu'est-ce que monter aujourd'hui un conte musical pour adultes et enfants ?

* Extraits de Rien ne se passe jamais comme prévu Gisèle


J'ai rencontré Niels Schneider et Camélia Jordana autour d'une lecture musicale de Jules et Jim.
Ce travail a créé chez nous trois une envie profonde de se retrouver autour d'un nouveau projet, et « Rien ne se passe jamais comme prévu » nous est apparu comme une évidence.
Niels a cette capacité de naïveté et de maturité, ainsi qu'une beauté intemporelle comme celle d'un héros de conte. Il peut sur scène avoir tour à tour 15 ou 30 ans, permettant cette ambiguïté autour de l'âge de son personnage. Camélia sera présente sur scène comme comédienne et musicienne.
Elle a une énergie terrienne, un peu sauvage, du mystère et de l'humour. Avec elle, nous souhaitons travailler sur des chansons originales, pop-rock, inspirées des thèmes de Stravinsky. Ce dernier utilise des chansons populaires et folkloriques russes pour composer sa musique, nous souhaitons la nôtre populaire et contemporaine, mais avec des influences de racines archaïques, folkloriques.
Nous imaginons un chœur d'hommes, pouvant représenter la fratrie, créer des seconds plans, chanter a cappella.
La création sonore de Sylvain Jacques, musique concrète en multi-diffusion, permettra un lien entre moments chantés et joués, ainsi qu'un travail du son en direct.

Lucie Berelowitsch

LE PERE
Tu as souhaité son anniversaire à Sarah?
Il y a le gâteau ce soir. Avec nos dernières pommes. Il ne faut rien manger que le gâteau et faire un vœu, Jonas. Tout à l'heure, j'irai cueillir quelques pommes de notre pommier.
Vous savez ce qu'elles représentent, ces pommes? Plus personne n'a de pommes provenant d'un pommier de nos jours. Il faudra faire un vœu.
Ta sœur a promis, tu promets? *

* Extraits de Rien ne se passe jamais comme prévu


Le théâtre a une forme rigide, une structure. Le son est là pour déséquilibrer cela, pour rendre le lieu mouvant.
Comme si nous rendions l'intérieur même du théâtre, là où le public est assis, malléable, meuble : le son et la multi-diffusion peuvent permettre cela, casser la structure existante du lieu où nous jouons pour y reconstruire l'espace en lui donnant une nouvelle géométrie, qui est-elle mouvante. Et ainsi rendre le théâtre, le lieu de représentation, comme un organisme vivant, avec ses propres pulsations, en réaction avec le plateau. Pour moi, le plateau est le cœur de cet organisme. Et de la même façon que dans notre corps le rythme nait du cœur, la musique est rythmée par le plateau.
Par plateau, j'entends les comédiens, la mise en scène, la scénographie, les lumières... Ainsi toute la construction du son est régie par le plateau et réagit au plateau. Quand on arrive à des moments de grâce, des points d'harmonie entre le mouvement de cet organisme et le plateau, presque comme dans une danse, où le plateau guiderait le son, alors le son peut avoir des incidences sur ce qui se passe au plateau, et inversement. Cela permet une circulation poreuse, comme si cela transpirait de l'un à l'autre. Techniquement parlant, le son et le plateau deviennent comme deux partenaires, et doivent apprendre à se connaître, ce qui implique ma présence au long de tout le processus de création, afin de pouvoir chercher et inventer ensemble.
Pour l'installation du son, je m'adapte à l'architecture, et joue avec la géométrie du lieu, en utilisant au mieux les possibilités du théâtre, par exemple les cages de scène, les différents recoins et cavités qui peuvent exister. Dans cette multi diffusion, le système n'a pas la nécessité d'être homogène, ce qui signifie que les sources sonores peuvent être de type différent.
Mon travail est toujours axé sur l'image cinématographique, non pas simplement parce que ma musique est conçue comme une musique de film, mais parce que j'introduis dans le théâtre, pièce silencieuse et protégée, ce qui pourrait être l'équivalent du son direct au cinéma, qui apporte une évocation du réel.
Par cette démarche-là, on arrive à une vision cinématographique du théâtre, et par conséquent à une musique proche de celle que l'on peut avoir au cinéma.
La dramaturgie de la musique se crée en salle de répétition, dans un travail étroitement lié aux comédiens et à toute l'équipe artistique, en même temps que Lucie Berelowitsch construit la dramaturgie de sa mise en scène.

Sylvain Jacques


Avec ce projet, nous aimerions travailler sur la notion d'identité et de choix. Sur le moment où les impératifs si nombreux imposés par la société mettent fermement fin à l'enfance.
Nous raconterons cette histoire d'un adolescent qui pour satisfaire les volontés de son père et de la société qui l'entoure, quitte son village et ses frères pour partir à la recherche d'un mystérieux oiseau de feu. En route, chaque pas est un choix, chaque choix un acte qu'il pose et qui définira sa quête, sa réussite ou son échec.
Nous nous inspirons de L'oiseau de feu, ce conte russe que je lisais étant enfant (le russe dit d'ailleurs « l'oiselle de feu »). L'histoire est pleine de variantes, la trame principale est celle du tout jeune prince Ivan qui traverse les forêts et les steppes, cavale à travers les villages et les monts enneigés pour retrouver le voleur des pommes d'or du pommier de son père. En route, il rencontre un loup. Un loup qui l'aide.
Je pense à la phrase de René Char « Impose ta chance, serre ton bonheur, va vers ton risque, à te regarder vivre ils s'habitueront ».
Quel sens donne-t-on à sa vie, à l'étendue de sa vie à vivre quand on a quinze ans, aujourd'hui? Les choix et la mélancolie des choix, aussitôt.
Une mélancolie de la vie pas encore vécue mais déjà décidée, induite, forcée. Une mélancolie si papable dans l'imaginaire russe. C'est en regardant les instantanés d'Andreï Tarkovsky qu'est née l'envie de cette pièce.
J'écoute Stravinski, je regarde le ballet de Béjart mais aussi L'Enfance d'Ivan de Tarkovski. La puissance des décisions de cet enfant, presque adolescent qui s'engage dans l'armée rouge, la nature autour de lui. Je pense à Miyazaki et au réalisme magique. À la possibilité de raconter cette histoire avec la magie d'un conte initiatique. Je relis un vieux livre d'enfant dont la couverture est celle, magnifique et pleine de promesse, de L'Oiseau de feu.

Trouver, ensemble, la langue lyrique et prosaïque, concrète et tenue, visuelle et littéraire qui donnera corps et situation à ces questions du début de l'écriture.

Kevin Keiss