MAR 6 NOVEMBRE 19H
durée 50 minutes
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LE DRAKKAR
tarif D
THÉÂTRE
JEUNE PUBLIC
à partir de 7 ans

séances scolaires mar 6 nov 14h15 | Jeu 8 nov 10h & 14h15 | ven 9 nov 10h.

Rayon X

TEXTE ET MISE EN SCÈNE ANNE CONTENSOU
COMPAGNIE BOUCHE BÉE
CRÉATION / COPRODUCTION DSN

 

Tout un univers de grandes questions !

Trois personnages animent le club radio de l'école. Il y a un garçon passionné de sciences, qui tous les soirs étudie le ciel et rêve à la vie qui s'y déploie. Il y a de l'impatience en lui. Et pas mal de colère. Il y a aussi une fille qui aime les arbres et les plantes. Elle connaît la personnalité de chacun puisqu'elle parle avec eux tous les jours. Pour elle, l'école, ce n'est pas toujours facile, les lettres et les sons se confondent parfois. Et puis il y a un autre garçon. Celui-ci est lunaire. Il a le génie de l'informatique et des connexions en tout genre. Il parle peu mais agit en silence. Tous les trois se posent de grandes questions et détestent ne pas savoir, alors ils vont s'allier pour trouver des réponses. Ensemble, ils vont faire le pari de percer certains mystères. Petit à petit, le studio de radio avec ses chaises, ses micros et ses casques va s'ouvrir sur un extérieur tantôt réel, tantôt imaginaire pour permettre aux personnages de rêver d'ailleurs, d'espace, de nature et d'univers. Ainsi le trio va tenter de voir et d'entendre plus loin que ce que ce monde leur offre en apparence.

Scénographie et création lumière Xavier Baron. Musique et création sonore Mikaël Plunian. Avec Fannie Lineros, Nicolas Orlando et Florian Guichard.

Production déléguée Compagnie Bouche Bée. Coproductions DSN – Dieppe Scène Nationale (76) et le Théâtre des Bergeries – Noisy-le-sec (93). Soutien Théâtre 71, scène nationale de Malakoff (92).

© photo : Ken Cheung. Visuel : Mikael Plunian

Site de la compagnie


Dans cette pièce, il y a trois enfants : une fille et deux garçons.
Ces trois-là sont singuliers, à la fois très en avance et toujours un peu en retard.
A la marge quoi.

Ces trois personnages sont très librement inspirés des nombreuses rencontres que j'ai faites avec des enfants dits « surdoués » : diagnostiqués ou non, parfois à la limite de l'autisme ou carrément atteints du syndrome Asperger (autistes « savants »), tous m'ont émue, touchée, éblouie. Cela fait longtemps qu'ils m'inspirent et qu'ils me renvoient au théâtre. A travers leurs appétits et leurs insatisfactions, mais aussi à travers leur obstination à questionner le réel et leur façon toute personnelle de recourir à l'imaginaire lorsque le monde ne leur répond pas.

Mais il ne s'agira pas d'une pièce documentaire sur les enfants surdoués. D'ailleurs, on ne les appelle plus « surdoués » mais « enfants intellectuellement précoces ». Il s'agira d'une pièce sur la différence, bien sûr. Après le spectacle LIV, la construction de soi et l'inscription dans la communauté restent des thèmes forts dans ma recherche.

L'histoire reste à écrire mais de ces trois personnages je sais déjà quelques petites choses.
Il y a un garçon : Il aime les sciences, les mathématiques et il vénère Albert Einstein. Il a également un rituel nocturne : étudier le ciel et ses étoiles, rêver à la vie qui s'y déploie. Il y a de l'impatience en lui. Et pas mal de colère.
Il y a une fille : Elle aime les arbres et les plantes. Elle connaît la personnalité de chacun puisqu'elle parle avec eux tous les jours. Sa science est empirique. Elle se nourrit d'expériences et d'évidences du quotidien. Pour elle, l'école, c'est pas toujours facile, les lettres et les sons se confondent parfois. Et puis il y a un autre garçon : Celui-ci est lunaire. Il a le génie de l'informatique et des connexions en tous genres. Il parle peu mais agit en silence. Avec la fille, il anime le club radio de l'école.

Tous les trois se posent de grandes questions et détestent ne pas savoir.
Alors les trois vont s'allier pour trouver des réponses.
Entre savoir et intuitions, leurs sciences vont s'interroger et se bouleverser les unes les autres.
Ensemble, ils vont faire le pari de percer certains mystères.
Et d'expériences en expéditions, ils vont tenter de voir et d'entendre plus loin que ce que ce monde leur offre en apparence.

Anne Contensou


- A quoi tu penses le soir avant de t'endormir ?
- Ben j'ouvre ma fenêtre et je regarde le ciel. Quand je vois des étoiles je me dis qu'il y a probablement une autre personne qui les voie, ailleurs sur la terre.
- J'adore.
- J'aime pas moi. Le monde me parait petit en fait.
- Petit ? Quand je pense aux Inuits qui vivent au Pôle Nord ou aux Pygmées au milieu de l'Afrique, j'ai l'impression moi que le monde est trop grand ! Je pourrai jamais rencontrer tous les hommes et toutes les femmes que je rêve de connaître.
- Même si je sais qu'on peut être géographiquement très éloignés les uns des autres, pour moi, ça reste petit. On est juste… sur Terre quoi. Mais après la Terre, derrière le ciel, il y a l'espace.
- Ah ben l'espace évidemment, c'est GRAND.
- C'est une idée qui me fait bizarre au niveau du ventre, je me dis, si la planète Terre fait partie du système solaire et qu'on sait pas combien de systèmes il y a, alors est-ce qu'il y a quelque chose d'autre, derrière ?
- Quelque chose, tu veux dire d'autres planètes ?
- Bien sûr qu'il y a d'autres planètes. On le sait depuis belle lurette. Mais il y a une chose qu'on ne sait pas : est-ce qu'il y a de la vie sur ces planètes, une autre vie que la notre ?
- Tu veux dire des extra-terrestres ?
- Une vie extra-terrestre, oui. Ca me rend dingue qu'à notre époque on n'ait toujours pas résolu cette question !
- En même temps c'est ça qui est beau, on peut pas TOUT savoir.
- On peut pas NE PAS savoir ! On est tellement à la traîne, des miettes, des petits bouts de miettes dans l'univers. Je peux pas être juste… une miette.
- T'es pas une miette, t'es Al.
- Justement. Je suis Al, et je vais pas rester là, planté dans mon pot comme ta plante verte.
- D'abord tu laisses ma plante tranquille, elle t'a rien fait. Ensuite, vu comment t'es fort en maths et en physique, t'as qu'à remuer tes neurones pour trouver une solution et les trouver tes extra-terrestres.
- Si tu crois que je t'ai attendue…
- … T'as un plan ?


Comme toujours dans notre écriture, tous les langages scéniques vont jouer un rôle fort dans la construction narrative et sensible du spectacle : le son, la musique, le jeu, les images…

L'espace
Nos personnages seront réunis autour d'un Club Radio, point central de notre fiction.
Sur scène, il y aura donc le studio. Avec ses éléments indispensables et iconiques : la table partagée, les chaises, les micros, les casques, la vitre peut-être…
Mail il faudra bien vite dépasser le huis clos pour faire entrer « le monde » sur le plateau. En effet, nos personnages rêvent d'ailleurs : d'espace, de nature et d'univers. Ils interrogent autant la vie terrestre (les plantes, les éléments) que le cosmos (les astres et la vie qui s'y trouve). Il faudra donc littéralement « pousser les murs » du studio, afin que celui-ci s'efface au profit de l'extérieur : un extérieur tantôt réel, tantôt imaginaire.

La Lumière
Beaucoup d'individus intellectuellement précoces sont touchés par un phénomène neurologique, la « synesthésie », par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Les sujets synesthètes ont relaté des expériences éblouissantes : la lumière et la couleur semblent en effet jouer un rôle central dans leurs perceptions. Par exemple, les lettres de l'alphabet, les nombres, la musique ou certains sons peuvent être perçus colorés, ayant une forme ou une disposition spatiale particulière. La dimension à la fois vivante et plastique de la synesthésie apparaît comme une forte source d'inspiration pour notre spectacle.
Mais il faudra aussi traiter la part d'ombre et les abysses de nos protagonistes. Le rétro-éclairage semble quasi évident pour travailler les ombres et les silhouettes minuscules perdues dans ces nappes de couleurs.
Nous aimerions enfin travailler la question des lignes et des trajectoires par la présence de faisceaux lumineux (rayons lasers, fils électroluminescents, rais de lumières dans des espaces envahis de fumée…).

Le Son
Ce dispositif de la radio permettra de nombreux jeux de voix, mais aussi des moments d'intimité. J'aime beaucoup les adresses directes au théâtre, particulièrement avec un public de jeunes spectateurs. En revanche, je trouve qu'elles sont souvent difficiles à justifier. Ici, le prisme physique et symbolique du micro efface mes réticences. Il offre une double qualité d'adresse et d'écoute. Un surplus d'intimité.
Une radio peut non seulement « émettre » mais aussi « capter ». Il sera riche d'imaginer ce que nos personnages captent du monde. Ce « chant des ondes » nous permettra de faire le lien avec les dimensions mathématiques et physiques qui nous intéressent depuis le départ.
Enfin, il y a l'antenne physique de la radio mais il y a aussi les « antennes » de nos personnages ! Eux aussi captent une part sensible de notre monde. Ex : la gamine qui entend les paroles des arbres et les comprend, le garçon qui perçoit la vibration des chiffres en mouvement… Pour produire cette drôle de matière, nous nous amuserons à marier des prises de son naturelles avec des matériaux fabriqués.


Le garçon :
La nuit, des fois, j'ai du mal à respirer, alors je ferme les yeux et je compte.
Je pense à des nombres et ça m'apaise.
Les nombres sont mes amis, ils ne sont jamais loin de moi. Chacun est unique et possède sa « personnalité » propre. Les nombres m'apparaissent comme des formes, des couleurs, des textures, des mouvements… Ils ont même des caractères.
Le nombre 1, par exemple, est d'un blanc brillant et éclatant, comme quelqu'un qui dirige le faisceau d'une lampe torche directement dans les yeux.
4 est à la fois timide et calme.
5 est bruyant, il est comme un coup de tonnerre ou comme le son des vagues qui se brisent sur des rochers.
37 est grumeleux comme de la semoule.
Alors que 89 me rappelle la neige qui tombe.
Certains sont grands et gros : 23, 667, 1179.
D'autres sont petits : 6, 13, 581.
Certains sont tout simplement beaux, comme 333.
Quand je suis sur le point de m'endormir, mon esprit se remplit de lumière brillante et je ne vois plus que des nombres – des centaines, des milliers – qui passent rapidement devant mes yeux. Ils scintillent en 3 dimensions.

La Gamine :
Petits.
Les mots sont petits.
Ils ne disent pas tout ce que le monde dit.
Le monde parle oui.
Surtout les plantes. A moi elles me parlent beaucoup.
Ce que j'entends, c'est faible et puissant à la fois.
Comme des pensées-paroles.
C'est très clair dans ma tête, mais c'est difficile à traduire.
Du coup j'ai du mal à le partager avec les autres.
Une fois j'ai vu un documentaire sur le peuple des indiens qui vivaient autrefois dans des tipis en Amérique. Ils parlaient très doucement, avec beaucoup de silences. Ca faisait un peu comme des chants. Ou comme des prières. J'avais l'impression que ça ressemblait aux paroles des plantes.
Si je cherche les mots qui correspondent aux paroles des plantes, je dois faire beaucoup d'effort avec l'esprit.
Des fois je trouve un mot qui s'en rapproche un tout petit peu. Mais le mot est toujours trop pauvre ou pas assez précis pour exprimer ce que la plante m'a dit.
C'est comme si dans ma tête je pouvais entendre plus loin que nos mots, comme s'ils cachaient en eux une autre partie du langage, des pages oubliées du dictionnaire. C'est merveilleux. Et c'est vert. VERT VERT VERT VERT…… Ca parle en VERT.


Anne Contensou

Conception, écriture et mise en scène

Anne Contensou, metteuse en scène et auteure fonde la compagnie Bouche Bée en 2005 en plaçant les écritures contemporaines en lien avec le plateau et tous les langages scéniques au coeur de son projet artistique.

Elle s'intéresse particulièrement à la place de l'individu dans la communauté et à la façon dont son identité se construit entre la sphère intime et la sphère sociale. À chaque création s'invente une nouvelle forme de représentation, en résonance avec la singularité du texte choisi, toujours soutenue par une exigence scénique et esthétique au service de la langue. Parce qu'elle défend un théâtre de qualité pour tout public, parce que son expérience lui a appris que chaque public a ses propres spécificités passionnantes qui viennent enrichir la recherche théâtrale en général, elle crée des spectacles pour un public jeune, adolescent et/ou adulte.

Elle choisit des thématiques qui questionnent le réel et l'endroit d'où surgit la créativité de l'humain. Chaque projet est l'occasion de réfléchir aux manières de ne pas arrêter le geste créatif au seuil de l'objet spectacle. Le fait de travailler sur son propre matériau texte ou celui d'autres auteurs vivants, offre à Anne Contensou cette liberté et cette invention. Ces collaborations font souvent émerger des formes intermédiaires ou parallèles à la « grande forme » destinée au plateau. La compagnie est également très attachée à l'idée de transmission, c'est pourquoi elle s'engage dans des actions de sensibilisation à la périphérie de ses créations.

Entre 2007 et 2010, deux de ses spectacles, La Dictée de Stanislas Cotton et Les enfants ont-ils le temps de Philippe Crubézy sont produits par le Théâtre de l'Est Parisien où elle rejoint l'équipe de Catherine Anne en tant qu'artiste permanente pendant trois saisons.

La dernière année de cette association, elle crée Verminte Zone / Champ de mines de Pamela Dürr en coproduction avec le Deutsches Theater de Berlin. Anne Contensou participe à d'autres projets internationaux comme avec la création de Narkopedio au Théâtre National de Chypre en 2011, puis celle de Chimères de Sylvain Levey et Pamela Dürr coproduit par Thalia Theater de Halle (Allemagne) et le Théâtre de la Tête Noire de Saran dans le cadre du projet OutrePasseur/Grenzgänger en 2012.

Depuis 2011, la compagnie a porté la production de 4 spectacles : Ouasmok ? de Sylvain Levey, Tag de Karin Serres, Occupé ! de Philippe Gautier et Liv d'Anne Contensou. Les 3 prochaines créations, Ce spectacle vous regarde, Rayon X et Ulysse - Avatars seront également écrits par cette dernière.

De 2011 à 2015, Anne contensou est collaboratrice associée au NTA – CDN d'Angers. Elle est aujourd'hui artiste associée au Sillon, scène conventionnée de Clermont l'Herault, au Théâtre André Malraux de Chevilly-Laue. La compagnie est en résidence au Théâtre des Bergeries de Noisy Le Sec et à DSN – Scène Nationale de Dieppe.

En 2017, la compagnie obtient un conventionnement avec le Conseil Régional d'Ilde-de-France dans le cadre de la Permanence Artistique et Culturelle.