VEN 8 MARS 20H
DIM 10 MARS 17H

durée 1h15
RÉSERVER
LE DRAKKAR
jauge limitée
tarif A
THÉÂTRE
dès 14 ans

séances scolaires jeu 7 mars 20h.

Presqu'Illes

TEXTE SARAH PÈPE
MISE EN SCÈNE LOUISE DUDEK
COMPAGNIE M42
CRÉATION / COPRODUCTION DSN

 

« Les mots et leur organisation m'apparaissent désormais comme une arme de destruction massive, le lieu du féminicide, puisqu'on assiste à la disparition des femmes. » Sarah Pèpe

Elle prend la parole et se présente en tant qu'autrice. Mais sitôt le mot lâché, elle ne peut que constater la violence des réactions qu'il suscite. Alors elle décide de prendre sa défense, et voilà qu'une sorte de tribunal surgit, qui verra des expertes plaider en sa faveur. Bientôt, d'autres figures, sorties de l'Histoire, viendront également s'affronter en nous révélant toutes les résistances qui ont entravé la féminisation de la langue.

Au même moment, dans une école élémentaire, un jeune enfant n'accepte pas la faute d'accord qu'il a faite. Il refuse de rentrer chez lui et oblige sa maîtresse à rester, afin qu'elle lui explique la genèse de la règle qui lui a valu une marque rouge sur sa copie. De questions en questions, il finira par se demander qui, de lui ou de l'Histoire, a fait la plus grosse « faute »...

Presqu'Illes remet au coeur de notre société la question de l'inégalité hommes-femmes en prenant la langue pour l'un des fondements de ces rapports de pouvoir inégaux. Dans une forme hybride convoquant les codes du théâtre, du cabaret et des débats, Louise Dudek et son équipe nous invitent à nous poser les bonnes questions.

 

LECTURE : Le 16 septembre 2018, à 17h30, au bar de DSN, venez découvrir en avant-première le texte de Sarah Pèpe lu par l'équipe artistique de M42. Joli clin d'œil pour les journées du Matrimoine ! Entrée gratuite, jauge limitée.

Avec Alvie Bitemo, Clémence Laboureau, Pier Lamandé, Claudia Mongumu. Lumières Jérôme Bertin

© photo : Alice Saey

Site de la compagnie


CE QUI N'EST PAS NOMMÉ N'EXISTE PAS

Dès notre enfance, on nous apprend que dans la grammaire française, le masculin l'emporte sur le féminin. Nous intégrons cette règle sans la questionner. Je l'ai intégrée et évidemment appliquée consciencieusement. Puis, l'année dernière, j'assiste à une conférence de la chercheuse, comédienne et metteuse en scène Aurore Evain, qui explique les enjeux de la disparition du terme autrice dans l'histoire de la langue française. Son discours fonctionne comme une révélation : je comprends que ce que j'acceptais comme allant de soi, est en fait le résultat de décisions qui s'appuient sur l'affirmation de la supériorité du masculin sur le féminin. Les mots et leurs organisations m'apparaissent désormais comme une arme de destruction massive, le lieu du féminicide, puisqu'on assiste à la disparition des femmes.

Forte de cette prise de conscience, je ne tarde pas à aller chercher de nouveaux éléments sur la question des mots et des règles dans la langue française, et je constate que l'on m'oppose sans cesse les mêmes arguments : avant de s'intéresser à la féminisation des mots, on ferait bien de régler des problèmes bien plus importants concernant l'égalité entre les femmes et les hommes. Or, cette hiérarchisation ne me semble pas pertinente, tant il est vrai que ce sont les mêmes stéréotypes qui créent l'ensemble des inégalités et des violences entre les femmes et les hommes. Quand bien même on voudrait vaille que vaille maintenir une grille des priorités, je ne comprends pas pourquoi ce serait la question des idéologies à l'œuvre dans le langage qui serait secondaire et ce d'autant plus, qu'on semble reconnaître immédiatement la gravité du contrôle du langage ailleurs, notamment en ce qui concerne les régimes autoritaires. On pense par exemple à cette célèbre phrase de Joseph Goebbels : « nous ne voulons pas convaincre les gens de nos idées, nous voulons réduire le vocabulaire de telle façon qu'ils ne puissent plus exprimer que nos idées ».

Pourquoi ce même postulat d'un travail de transformation idéologique de la langue suscite-t-elle autant d'indignation lorsqu'il est question de sa féminisation ? La lecture de différentes ripostes à la tentative des femmes de rendre visible la moitié de l'humanité, révèle une violence incroyable et les commentateurs d'aujourd'hui ne sont pas les plus modérés.
Dès lors, ce refus agressif m'interpelle : se bat-on avec autant d'acharnement lorsque le sujet est de moindre importance ? Lorsque l'on n'a rien à perdre ?
C'est donc finalement cette résistance qui m'a amenée à approfondir la question et la re-historiciser à partir du mot « autrice », pour rendre visibles les rapports de domination à l'œuvre.

Ainsi est né le texte « Presqu'illes ».
J'ai choisi quelques épisodes remarquables de l'histoire du mot, sur des périodes différentes : le 17ème siècle, qui acte sa disparition; la première querelle avec l'académie française, incarnée par Mme Marie-Louise Gagneur, qui souhaite faire évoluer la langue au 19ème siècle et se heurte à la résistance des Immortels ; enfin l'introduction du combat dans la sphère politique, avec Yvette Roudy, ministre des droits des femmes, qui mettra en place, en 1984, la commission de terminologie chargée de la féminisation des noms de métiers et de fonctions, présidée par Benoîte Groult ; cette commission subira de violentes attaques émanant autant des hommes politiques que des académiciens.

"JE SUIS CONVAINCUE QUE LA QUESTION DE LA FÉMINISATION NOUS AMÈNE À INTERROGER – ET C'EST URGENT AUJOURD'HUI- DE FAÇON PLUS GLOBALE, QUELS POUVOIRS ÉLABORENT AUJOURD'HUI NOTRE LANGUE ET DONC NOTRE FAÇON D'APPRÉHENDER LE MONDE."

Sarah Pèpe


PRESQU'ILLES EST UN TEXTE FÉMINISTE.

Un texte qui remet au cœur de notre société la question de l'inégalité hommes-femmes en prenant la langue, qui est l'expression de la pensée et qui forge ce monde, pour l'un des fondements de ces rapports de pouvoir inégaux. À la lecture de ce texte, j'ai entendu des voix, des débats. À l'assemblée ou à la radio. Entre mes amis aussi. Des débats qui semblent ne pas se tarir avec le temps. J'ai également perçue la chose intime, la conviction, celle que quelque chose n'est pas juste. Autour de cette question de la langue, se cristallise celle de la pensée de la place des femmes dans notre société. Ce sont des questions bien plus grandes qui surgissent.

En remettant ce texte dans un contexte historique, l'autrice nous permet de prendre du recul, de rire de ce qui nous semble aujourd'hui une pensée vieillotte et arriérée. J'ai voulu une distribution qui ne serait pas que féminine car je pense que le féminisme est aussi l'affaire des hommes. Les quatre comédien.nes jouent tour à tour des personnages masculins, féminins, issus de l'Histoire de France. Je veux faire de ce texte un moment festif, de partage et de réflexion. Ainsi la pièce sera accompagnée d'une rencontre, afin que les spectateurs puissent ensuite débattre avec l'équipe et l'autrice autour des thématiques de l'écriture inclusive, de la féminisation des noms de métiers et plus largement de la place des femmes dans notre société.

Dans une version cabaret, ce débat sera suivi par un concert de chansons féministes donné par l'équipe du spectacle. Penser l'égalité entre femmes et hommes sera une fête, un moment de joie. L'ambition de ce spectacle est, non pas d'imposer une pensée mais bien de partager une réflexion.

La scénographie sera modulable et simple. Un espace intime (celui de la maîtresse et de son élève) côtoiera un espace évoquant le plateau d'une émission de radio. Dans une version cabaret, le public sera au coeur du dispositif. Pouvant ensuite boire un verre et manger un morceau lors du concert de chansons féministes revisitées.

GÉNÈSE
Sélectionné par le comité de lecture jeunes textes en liberté, presqu'illes  a déjà fait l'objet de deux lectures publiques avec le théâtre de La Loge et avec la MC93 Hors-les-murs en 2017, avec la même équipe. C'est suite à ces moments de partage et de débat que l'envie d'en faire un spectacle est apparue.

Louise Dudek


Sarah Pèpe
Autrice

Titulaire d'une maîtrise de théâtre, je créé ma compagnie en 1997, afin de développer la pratique théâtrale des enfants et adolescents, avec des textes interprétés par des jeunes pour des jeunes.

Avec cette troupe, nous inventons de nombreux spectacles originaux (dont certains achetés par la Ville de Paris à destination des établissements scolaires ou de loisirs) : Zouxor, les ombres, l'île aux papillons, La ligne (Lansman Editeur), etc...

Parallèlement à la pratique d'enseignement, j'écris pour les adultes des projets plus personnels ; naîtront ainsi : Variations sur le don, le Silence d'Emma, Méchante (librairie théâtrale - L'œil du Prince), que je mets en scène dans des salles parisiennes.

Il y a un an, je décide d'abandonner l'enseignement du théâtre pour reprendre le fil de l'écriture et m'y consacrer. Depuis, j'ai eu la grande joie de voir mes textes « remarqués » :

En 2015, « I have a dream » a été lauréat de l'appel à texte lancé par la Maison du Théâtre de Jasseron.

En 2016 :
- « Terre brûlée » est lu au théâtre de Nesle à Paris
- Je participe au bocal agité de Gare au théâtre de Vitry : « Zone G » sera édité aux éditions de la Gare.
- Les pavés de l'Enfer » est lauréat de l'aide à l'écriture de l'association Beaumarchais- SACD. J'intègre le dispositif Ecritures Théâtrales en Chantier (CDN Poitiers). Le texte est lu dans le cadre du festival l'été en automne, à Reims, au théâtre de l'Aquarium à Paris, ainsi qu'au théâtre du Balcon à Avignon.
- Le texte « La peste et le choléra » est lauréat de l'appel à texte lancé par la Maison du Théâtre de Jasseron.

En 2017 :
J'ai été accueillie à la Chartreuse en mars 2017 afin d'écrire la version longue de la peste et le choléra (lecture publique d'extraits du texte).
- « Presqu'illes » est lauréat du label jeunes textes en liberté et a été mis en espace par Louise Dudek en 2017.
- La pièce « Domestiquées » a été représentée à Paris au mois de mars 2017, à Aubervilliers en Juin et sera reprise à partir d'Octobre 2017.
- Enfin le texte « Les roses blanches » paraîtra en septembre 2017 (Editions Koiné).

 

Louise Dudek
metteuse en scène

Titulaire d'un Master 2 d'études anglophones mention théâtre contemporain (travail sur les nouvelles modalités de l'absurde, Beckett, Pinter et Crimp) et de mise en scène et dramaturgie, Louise avait auparavant suivi trois années de formation en art dramatique au conservatoire du XXe arrondissement.

Elle a suivi des stages pratique avec Elise Vigier, Pier Lamandé, Nicolas Bigards, Roland Schön, Jean-Yves Ruf, Ludor Citrik. Au cours de ses études, elle a participé en tant qu'assistante à la mise en scène et dramaturge à la mise en espace de La Centrale de Virginie Barreteau au CDN d'Orléans et au comité de lecture du CDNO.

En 2011, elle est stagiaire assistante sur les pièces Jours Souterrains (mes Jacques Vincey) au Studio Théâtre de Vitry et à la scène nationale d'Aubusson et L'Entêtement (mes Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo) au 104 et au TGP.

De juillet 2011 à juillet 2012, elle a travaillé pour Christine Dormoy et la compagnie de théâtre lyrique Le Grain, Théâtre de la Voix. Pour la compagnie Dans le Ventre, elle est dramaturge et assistante sur L'Estomac dans la peau (mes et écrit par Rebecca Chaillon), projet lauréat du CNT pour l'aide à la création dramaturgies plurielles ainsi qu'assistante à la mise en scène sur Monstres d'Amour, projet en résidence et présenté à Mains dW'Oeuvres et au CentQuatre en novembre 2016.

En 2016-2017, dans le cadre du label Jeunes Textes en Liberté , elle a fait une mise en lecture de Terres Closes, de Simon Grangeat (MC93, Plateaux Sauvages, TAP), et de Presqu'illes de Sarah Pèpe (MC93).

En 2016-2017, elle sera collaboratrice artistique sur la création de La loi de la gravité mis en scène par Anthony Thibault (aux Francophonies en Limousin), texte d'Olivier Sylvestre et celle de Yan Allegret, pour la compagnie (&) So Weiter, sur La collecte de rêves et sur Jeanne (lecture).

En décembre 2016, elle crée La Centrale, de V. Barreteau à La Loge.

En février 2018, elle crée La Rage de F. Tortech à la Scène Nationale de Dieppe qui sera reprise en tournée.