SAM 30 MARS 11H
durée 45 minutes
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LE DRAKKAR
tarif D
CLOWN ET THÉÂTRAL
JEUNE PUBLIC
dès 6 ans

séances scolaires jeu 28 mars 10h & 14h15 | ven 29 mars 10h & 14h15.

Le poids d'un fantôme

CONCEPTION ET JEU DAMIEN BOUVET
COMPAGNIE VOIX OFF

 

De quels fantômes suis-je fait ? Telle est la question !

Chemise de nuit, grosses lunettes, petite voix, Damien Bouvet fait d'abord penser à une grand-mère, mais on découvre vite qu'il s'agit en réalité d'un montreur de fantômes, un illusionniste qui fait apparaître les fantômes et les fantasmes, les métamorphoses et les bêtes. Il les connait bien ses fantômes, il s'en occupe avec tendresse et nous apprend leurs mœurs : que sucent-ils ? Que mâchent-ils ? Que fument-ils ? Quels bruits font ils lorsqu'ils tombent, tapent ou donnent de la voix ? Ces fantômes ont aussi laissé des traces, ils ont écrit partout ce dont est faite la mémoire des hommes, des enfants et des fées à têtes d'insectes.

Sur scène, se succèdent Crépon, l'enfant tout chiffonné, Plume, le géant aux pieds de plomb, Madame Brun, la guenon au rire fendu et bien d'autres encore. Les personnages à la fois aimables et monstrueux apparaissent et disparaissent comme autant de rôles endossés par un clown naïf. Damien Bouvet joue avec son corps, des orteils jusqu'au cuir chevelu. Il manipule et détourne les objets qui le prolongent, le transforment. Il se multiplie à l'image d'une chimère à la recherche de son propre visage. Le Poids d'un fantôme raconte avec humour la perte des êtres chers, entre rire et effroi, rêve et peur.

Mise en scène Jorge Picó. Lumières Pascal Fellmann. Univers sonore Guillaume Druel. Plasticiens Pascale Blaison, Delphine Cerf, Sébastien Puech.

Production Compagnie Voix Off. Coproduction et soutien DRAC Centre-Val de Loire, Lillico à Rennes, Le Parvis scène nationale Tarbes- Pyrénées.

© photo : Philippe Cibille

Site de la compagnie


Noir ! Face à vous, tout au fond, un rectangle vertical, luminescent, une sorte de porte glacée constituée de mues, de peaux froissées, suspendues. Un seuil à peine visible. Êtes-vous dedans ;? Dehors ? Vous ne savez pas.
Passer et repasser au travers de cette ligne impliquera des modifications de corps et d'esprit. Esprit ? Corps ? Nous ne savons pas. Fantôme alors ? Peut-être bien, nous allons voir.

Le poids d'un fantôme est un poème de chair et de papier une succession d'apparitions-disparitions de personnages à la fois aimables et monstrueux, un enchevêtrement  de silhouettes  opaques ou translucides.
De quels fantômes suis-je fait ? Telle est la question !
Dans cette aventure, il n'y a pas de il était une fois , il y a un : j'étais, je suis, je serai, sommes-nous ?

Lumière ! Je suis là,  face à vous, comme le font le montreur d'ours et l'illusionniste, je vais faire apparaître les fantômes et les fantasmes, les métamorphoses et les bêtes, ça sort de ma tête et de mon corps.

Qui sont mes fantômes, que mangent-ils ?
Que sucent-ils ? Que mâchent-ils ? Que fument-ils ?
Ce qui sort, c'est aussi une langue matérielle et un langage très ancien.
Mes fantômes sont des présences familières, souvent bienveillantes et qui m'accompagnent, pour certains, depuis l'enfance.
Les êtres rencontrés, perdus, les situations vécues, les lieux, les couleurs, les objets vus et quelques mots entendus par ci par là, sont les noyaux de ces constructions intimes.

Par ordre d'entrée en scène crépusculaire et ordre de sortie de la béance froufrouteuse :
Crépon, l'enfant tout chiffonné,
Plume, le géant aux pieds de plomb,
Célestine, la déesse-grotte,
Tatou, le calligraphe du temps,
Madame Brun, la guenon au rire fendu.

Ils y seront. Y seront-ils ? Etre ou ne pas être, c'est pire que la question, c'est le problème. Dans Le poids d'un fantôme, les fantômes, quand ils tombent, quand ils tapent, quand ils parlent, ça fait du bruit, ils donnent de la voix, ils ont écrit partout ce dont est fait la mémoire des hommes, les enfants et les fées avec des tronches d'insecte.

L'écriture à haute voix… c'est le langage tapissé de peau, un texte où l'on puisse entendre le grain du gosier, la patine des consonnes, la volupté des voyelles, toute une stéréophonie de la chair profonde.
Roland Barthes
, Le plaisir du texte

La reconstruction du monstre d'après l'empreinte de l'ongle ou l'alvéole de la dent… [L'auteur] mêle quelque fois à l'homme, il heurte à l'âme humaine, afin de lui faire rendre son véritable son, ces êtres différents de l'homme que nous nommons bêtes, choses, nature morte, et qui remplissent on ne sait quelles fonctions fatales dans l'équilibre vertigineux de la création.
Victor Hugo, préface à La Légende des siècles.


La recherche de Damien Bouvet est celle des limites extrêmes de l'expression théâtrale – et de l'expression humaine. AbrakadubrA !, sa dernière création, est un spectacle où l'on se confronte à la manifestation de toutes les facettes de l'être, de ses parts joyeuses, d'ombres, de rêve et de peurs. Le mode de représentation de cette abondance est celui du jeu d'enfance, du « faire comme si » car seule l'enfance permet cette flexibilité et cette plasticité capable de tout devenir en un seul instant.

Un des aspects les plus marquants de ce travail est sans doute la mise en jeu du corps de l'acteur sur scène, au coeur de sa démarche. Il joue entre la mimétique et le détournement, la vraisemblance et l'artificiel. Chaque mouvement, et aspect de son costume, est à la fois réel et irréel, rempli d'un immense imaginaire de chevalerie, de contes et de fables, qui parlent à la mémoire de tous. En même temps, il est sublimement mêlé au grotesque. Cette unité hybride permet ainsi de susciter une vraie réaction de la part du spectateur.

Entre le rire et l'effroi, le rêve et la peur, Damien Bouvet réussit par son « costume - castelet » à renverser le sens commun et à l'actualiser dans une nouvelle expérience de l'imaginaire enfantin. Sur ce corps, le simple ajout d'un objet donne lieu à une transformation, à une métamorphose d'un personnage à l'autre. Il se dédouble, se multiplie, comme une chimère à la recherche de son propre visage.


Damien Bouvet revendique plus que jamais le statut de clown, cette figure du clown qui, plus qu'aucune autre a marqué son enfance.
Mais quel est ce clown hors du cirque ? Pour Damien Bouvet, le clown est surtout un mode privilégié de s'exprimer, sans poser de limites psychologiques ni de jugements de valeur. Le clown est par définition celui qui est libre de vivre pleinement, sans peur de l'échec ou d'être jugé, en vertu de sa fraîcheur et de sa naïveté.

C'est pourquoi il arrive à transmettre, plus que toute autre personnage théâtral, la fascination du conte et de la fable, le monde où toutes les images et les sensations deviennent possibles.

C'est précisément cette liberté d'esprit et cette ouverture spontanée à l'émotion et à l'imaginaire que recherche Damien Bouvet, mais aussi une manière de pouvoir atteindre tout public. Le clown est un personnage connu de tous, dont les traits atemporels ne changent pas. Avec ou sans son nez rouge, il parle aussi bien à l'enfant qu'à l'adulte et ne cesse de provoquer des rires. Pourtant, « il n'est pas n'importe lequel des nez rouges qui se prennent les arpions dans le tapis pour faire rire l'assistance», écrit Nelly Gabriel, « l'essence de son art est ailleurs ».

Son expression clownesque est aussi un moyen de détournement et de transformation des émotions les plus inattendues. Le théâtre de Damien Bouvet surprend à tout point de vue. L'acteur-créateur joue avec tout son corps, des orteils jusqu'au cuir chevelu en passant par chaque muscle du visage. Il joue aussi avec des objets ou des costumes qui prolongent son corps ou le transforment.

En s'inspirant de l'énergie des tout-petits et de l'art du clown, il dessine un personnage naïf et étonné, traversé par des rythmes changeants, des élans fragiles, des vibrations contraires. Damien Bouvet va sans détour à l'essentiel des émotions avec toutes leurs contradictions et nous touche à des endroits sensibles.

Issu d'une formation théâtrale classique, Damien Bouvet a appris auprès du metteur en scène Philippe Genty à raconter une histoire en jouant avec la matière des objets. Au sein de sa compagnie, Voix Off, créée il y a une vingtaine d'années, il a signé douze spectacles pour les petits et les grands. Petit Cirque, Petits toros, Né ou Chair de Papillon (mise en scène Jorge Picó) ont fait de lui une figure majeure du théâtre "jeune public". Il est également le créateur de Ministre et Taboularaza (2010) (écriture et mise en scène Ivan Grinberg).

Avec ou sans texte, l'histoire qu'il nous raconte est celle éternelle de la croissance intérieure, permanente, de l'être humain. Qu'il incarne un petit garçon d'aujourd'hui dans La vie de Smisse ou un chevalier monstrueux dans AbrakadubrA !, il révèle notre capacité à évoluer sans cesse.

Spectacle après spectacle, il invente un univers d'une fantaisie débridée. Avec lui, grandir est un chemin vers l'inconnu, et une joie sans pareille.


Pouvez-vous présenter le spectacle en quelques mots ?
Il m'est difficile de présenter le spectacle en deux ou trois mots. Le poids d'un fantôme est en quelque sorte un poème de chair et de papier une succession d'apparitions- disparitions de personnages à la fois aimables et monstrueux, un enchevêtrement de silhouettes opaques ou translucides. De quels fantômes suis-je fait ? Telle est la question !

Quel(s) est (sont) le(s) thème(s) abordé(s) ?
Le souvenir des êtres aimés qui ont disparus et qui restent vivants en nous.

Qu'évoque pour vous le titre du spectacle ?
De quoi sommes nous fait , qu'est-ce qui nous anime et que restera -t-il de chacun de nous lorsque nous aurons disparu ?

Pouvez-vous nous présenter brièvement les personnages ?
Il n'y a pas pour ainsi dire de personnage Je cherche à faire et à être clown, Henri Miller a écrit « le clown est le poète en action, il est l'histoire qu'il joue » Je suis en action et je cherche à ma façon.
Je voudrais témoigner de ma propre existence au monde
Être une nouvelle fois face à d'autres êtres humains
Jouer le jeu de celui qui gigote, et qui s'expose
Être là pour dire: «je suis» et dans le même temps «je ne serai plus».
Pour se faire je prends pour partenaire, prolongement et pourtour
Du papier blanc, froissé, fragile comme une peau.
Le corps, enveloppé dans du papier, cela pose la question du vivant.
La matière Papier est là pour jouer le fragile, l'éphémère, l'intangible.
Je suis là face à vous, portant l'enfant que j'ai été, étant l'adulte que je dois être, montrant, comme au cirque des sortes de monstres bizarres, mais aimables parce que c'est moi qui les nourrit, et les fait vivre.

Quel est le dispositif scénique ?
Noir! Face à vous, au lointain, une branche d'arbre suspendue contre laquelle des sortes de peaux froissées sont accrochées, un seuil, une porte glacée à peine visible constituée de mues blanches, abandonnées.
Passer et repasser au travers de cette ligne impliquera des modifications de corps et d'esprit. Esprit ? Corps ? Nous ne savons pas. Fantôme alors ? Peut-être bien, nous allons voir.

Pouvez-vous nous décrire le processus de création de ce spectacle ?
Chaque création a un noyau dynamique, c'est à dire que le cœur du travail peut toujours se résumer à un rapport du corps et de un ou deux autres éléments.
Pour cette création c'était le corps, le papier blanc et le mot «mémoires»
Le papier permet de créer des prolongements du corps de matérialiser des idées et dans le même temps de tout faire disparaître par enveloppements successifs. Il fait exister et fait disparaître et toujours dans des formes mouvantes.
La recherche était de trouver l'équilibre entre le sens donné par les mots et les signes apportés par le papier.

Pourquoi avoir fait le choix de travailler sur une pièce en direction du « jeune public » et que signifie ce terme pour vous ?
Je ne fais pas véritablement le choix de travailler «en direction du jeune public»
Je pense que c'est ma façon d'être le plus juste sur scène que de dérouler mon théâtre en conviant les plus jeunes et les plus âgés dans un même temps.
Je cherche mon enfant, je cherche l'enfant que je suis au travers des spectacles et je rencontre l'enfance des autres. Le plus important c'est le mélange des publics, cette communion ou tout le monde est face à une même chose, un même événement. La plupart du temps l'enfant a de l'avance par rapport à l'adulte sur le déroulement d'un spectacle, il est là et regarde avec tout son corps, il est à fleur de peau . J'aime bien citer Paul Valéry qui a écrit : « Il n'y a rien de plus profond que la peau. » L'enfant est tout de suite dans le grand bain, il ne reste pas au bord, à mi-chemin, il invente lui aussi le spectacle.
Et toute proportion gardée, je pense aux travaux de Giacometti, ses sculptures d'une finesse extrême, de Calder ses mobiles, de Miro et ses découpages leurs œuvres sont en « direction » de tous définitivement.