TEMPS FORT POÉSIE ET POLITIQUE

Comment une heureuse idée poétique peut-elle être porteuse d'une dimension politique ?
Ou comment une rêverie politique peut-elle se révéler en décision poétique ?

MAR 23 AVRIL 20H
durée 1h10
RÉSERVER
LE DRAKKAR
tarif A
THÉÂTRE
dès 14 ans

La nostalgie des blattes

TEXTE ET MISE EN SCÈNE PIERRE NOTTE
COMPAGNIE LES GENS QUI TOMBENT

 

Deux chaises, deux femmes assises, deux vieilles.

Deux vieilles femmes assises, face au vide. Elles attendent un passant, un client, un sauveur. Rien ne vient. Elles luttent, se battent et s'exposent. Concours des signes de la vieillesse : taches sur les mains, rides au front, paupières tombantes. Elles exhibent les effets du temps sans collagène, ni bistouri, ni Botox. Elles sont les seules, les ultimes vraies vieilles d'un monde où on ne mange plus ni gluten ni sucre, où des drones de surveillance traversent l'espace, où rôde une brigade sanitaire. Mais elles finiront peut-être par bouger, quitter ce monde qui fait peur.

Catherine Hiegel a eu l'idée de la pièce avec Tania Torrens : jouer deux vieilles qui refusent les interventions chirurgicales et qui s'exposent au monde. Ces deux anciennes de la Comédie-Française ont sollicité Pierre Notte, auteur et metteur en scène, entre autres, de C'est Noël tant pis et Sur les cendres en avant. Il a écrit pour elles un duo saignant, écriture au scalpel, duel de vieilles peaux. Elles cherchent la lumière dans un monde aseptisé, sans champignon, sans moucheron, où elles finiraient même par avoir la nostalgie des blattes…

 

Tania Torrens et Catherine Hiegel, deux monstres de la scène, amies dans la vie et dans l'art, nous défient avec cette courte pièce absurde et immobile, dont le canevas est presque beckettien. (…) L'ex jeune tragédienne et la comique née défendent bec et ongles leurs 70 printemps et leur refus des rafistolages cosmétiques dans un cocktail mordant. Télérama

Avec Catherine Hiegel et Tania Torrens. Création lumières Antonio de Carvalho. Création son David Geffard. Assistanat Alexandra Thys.

Production Compagnie Les gens qui tombent. Coproduction Théâtre du Rond-Point, le Théâtre Montansier de Versailles. Partenaires de diffusion Comédie de Caen – CDN de Normandie, Comédie de Saint-Etienne – centre dramatique national, Comédie de Picardie, Théâtre de Suresnes – Jean Vilar, Théâtre Jacques Coeur de Lattes, le Théâtre de Sens.

© photo : Giovanni Cittadini Cesi

Site de la compagnie


Deux vieilles assises, face au vide. Elles luttent, se battent, et s'exposent. Concours des signes de la vieillesse : taches sur les mains, rides au front, paupières tombantes. Elles exhibent dans cette fête foraine désertée les effets du temps sans collagène, ni bistouri, ni Botox. Elles sont les seules, les ultimes vraies vieilles d'un monde où on ne mange plus ni gluten ni sucre, où des drones de surveillances traversent l'espace, où rôde une brigade sanitaire. Temps à venir : 2018 peut-être ? Deux femmes dialoguent et se livrent, assises, un combat sans merci. Elles attendent un passant, un client, un sauveur. Rien ne vient. Elles se foutent sur la gueule au moindre centimètre carré volé par l'autre. Mais elles finiront peut-être par bouger, quitter ce monde qui fait peur. Se lever, et partir. Et ensemble, victorieuses.
Catherine Hiegel a eu l'idée de la pièce avec Tania Torrens : jouer deux vieilles qui refusent les interventions chirurgicales et qui s'exposent au monde. Elles s'inventent un musée de sexagénaires. Ces deux anciennes de la Comédie-Française, ont sollicité Pierre Notte, auteur de C'est Noël tant pis, Sur les cendres en avant, Sortir de sa mère, J'existe foutez-moi la paix… Il a écrit pour elles un duo saignant, écriture au scalpel, duel de vieilles peaux. Elles cherchent la lumière dans un monde aseptisé, sans champignon, sans moucheron, où elles finiraient même par avoir la nostalgie des blattes.

(Texte de la brochure du Rond-Point, 2017-2018)


chaises

Un plateau nu, aucun décor, deux chaises, des sons, une heure dix grand maximum. Expérience radicale : les deux immenses comédiennes ne bougent pas, elles sont assises, elles jouent, face public, côte à côte, elles s'affrontent, mais ne bougent pas. Lumières de conséquence.
Deux femmes, deux vieilles, assises, dans une sorte de foire où elles prouveraient au monde qu'on peut aussi vieillir, laisser aller le corps, le visage, sans intervention. Une sorte de « musée » de vieilles… C'était l'idée de Catherine Hiegel et de Tania Torrens.
Deux femmes assises, côte à côte, dans une foire aux monstres désertée, dans un temps futuriste, mais proche, elles s'exposent.
Deux vieilles qui vieillissent sans interventions chirurgicales, cela n'existe plus. Elles sont deux raretés, mais plus personne ne vient.
Il y a des chutes de drones, une brigade sanitaire qui rode, et une étrange silhouette de jeune homme, peut-être un dissident.
C'est un monde sans gluten, ni détritus, ni champignons ni moucherons, ni sucre ni cigarettes, un monde idéalisé, aseptisé, blanc, débarrassé enfin de tout ce qui pourrait faire tache. Dans ce monde parfait, elles, les deux vieilles, elles en viennent à regretter les abeilles, le miel, les vins, le roquefort, les pigeons et les rats, elles ont parfois la nostalgie des blattes.
Elles s'affrontent, s'opposent, se jugent, se testent et s'éprouvent, elles se battent, elles s'apprivoisent aussi. Individuellement, elles sont assises et opposées. Au bout de la pièce, elles auront un projet commun : se lever et partir, enfin. La vie trouve toujours une sortie.

Pierre Notte


Catherine Hiegel. Quand tu parles des blattes, tu parles de nous ? de Tania Torrens et moi ?
Pierre Notte. Pas du tout. Les blattes, bestioles marronnasses, comme les champignons, les moustiques, le sucre ou le gluten, sont des éléments disparus dans le monde de La Nostalgie des blattes. Comme les moucherons, le lait, ou l'intimité : tout cela a été éradiqué de la surface d'une planète en proie à une brigade sanitaire et à des drones de surveillance, c'est un monde sans blatte, sans fromage, sans insecte, sans bactéries… Et les deux vieilles, Tania et toi, sont assises là, au centre de ce monde, elles ne bougeront plus, elles ne bougeront pas. Et elles ont parfois la nostalgie des blattes.

Tania Torrens. On va rester assises ? Du début à la fin de la pièce ?
Pierre Notte. Oui, c'est une gageure, un pari, une exigence arbitraire de la part d'un auteur qui ne parvient pas écrire sans s'imposer des contraintes nouvelles dans l'écriture : contraintes imposées à la mise en scène. Ici, deux comédiennes, un espace unique non identifiable, un seul temps, et un dialogue, pas de monologues, pas de descriptions, pas de commentaire, de l'action, de l'affrontement, un conflit entre les deux femmes, et sa résolution. Mais la contrepartie est sévère : elles doivent rester assises du début à la fin de la pièce, au centre du plateau. Elles se lèveront peut-être, c'est ce que raconte la pièce : deux vieilles assises qui s'affrontent, et qui finissent probablement par en finir avec la station assise, elles se lèvent, et elles quittent leur prison de chaise pour choisir le mouvement, le déplacement, la liberté.

Catherine Hiegel. L'idée de la pièce, les deux vieilles, elle vient d'où ?
Pierre Notte. Elle vient de toi, il y a dix ans, dans un couloir de la Comédie-Française, tu m'as demandé si ça ne vaudrait pas la peine d'imaginer une pièce pour deux vieilles, deux femmes qui se laisseraient vieillir, sans recourir à la chirurgie, à la chimie, et qui s'exposeraient dans des cabines, dans une sorte de musée de vieilles. Elles montreraient aux gens ce que ça fait, le temps, sur les visages, les corps, quand on ne fait pas appel à la réparation artificielle, aux produits. Les deux vieilles se présenteraient au monde telles qu'elles sont : tu me disais vouloir jouer ce rôle-là, avec l'une de tes plus grandes amies, Tania Torrens, que j'ai rencontrée avec toi un peu plus tard, quand elle jouait Loin de corpus Christi, de Christophe Pellet, dirigée par Jacques Lassalle. Tu m'as reparlé de cette idée, je l'ai prise très au sérieux, et j'ai commencé à travailler…

Tania Torrens. La pièce, tu l'as écrite d'une seule traite, depuis cette idée ?
Pierre Notte. Cette idée, vous l'aviez eu ensemble, Catherine et toi. On en a parlé plusieurs fois, j'ai commencé à écrire, et nous nous sommes vus tous les trois. Nous avons lu, ensemble, et devant Brice (Hillairet, NDLR). Soirées mémorables à reprendre, couper, travailler, relire, recommencer, retravailler. Nouvelles soirées, dîners, après-midi entiers, lectures et relectures, nouvelles coupes. Trop de choses, trop de gras, trop de futilités, de mauvais gags, trop de phrases d'auteur. Je n'ai jamais écrit autant de versions d'une même pièce, jusqu'aux dernières séances de travail, chez Catherine. Chocolat au lait, cafés et cocas. Relire encore, et couper, reprendre, reconstruire une pièce basée sur deux principes contradictoires et très difficilement conciliables : deux femmes emprisonnées dans une station assises finissent peut-être par se lever pour recouvrer leur liberté. Mais dans une forme où l'action et l'affrontement doivent être sans cesse présents.

Catherine Hiegel. On commence à répéter en juin… Tu as peur ?
Pierre Notte. De toi ? Non. De Tania ? Non plus. Ce n'est pas le lieu, ça risque de sembler complaisant, et ça peut l'être, mais je vous ai déjà beaucoup fréquentées, j'ai beaucoup travaillé, déjà, avec vous. Vous avez été toutes les deux des co-autrices très exigeantes et productives, très vives, efficaces, justes, acérées. Intransigeantes. J'ai adoré mener ce travail, ces moments intensifs et parfois très vivaces d'une écriture qui passe d'abord par vos voix, vos rythmes, vos façons de dire, de jouer, d'être ensemble et en scène. Je n'ai pas peur de vous, je n'ai pas peur de vous mettre en scène, nous allons travailler à chercher l'intensité ; la vitalité des échanges, du texte, sa vie dans un monde aseptisé, arrêté : on va chercher la crasse dans un univers tragiquement « javellisé »… Mais bien sûr j'ai peur de tout, du projet, du texte, de cette folie, de cette idée. Parce que je ne suis encore jamais allé par là.

(PROPOS RECUEILLIS PAR CATHERINE HIEGEL ET TANIA TORRENS)


(…)
CATHERINE. ce que vous cherchez, c'est quelqu'un à dominer
TANIA. qu'est-ce qu'on va devenir si on n'a personne ?
CATHERINE. occupez-vous - quand je frotte, je ne me pose plus de question
TANIA. vous avez essayé les médecines nouvelles ?
CATHERINE. je ne suis pas une contemplative moi - j'ai besoin d'action - si je ne travaille pas ça me travaille
TANIA. je me souviens des progrès sociaux, l'expansion des loisirs
CATHERINE. je n'ai jamais fait de politique
TANIA. vous pourriez me faire un petit massage facial
CATHERINE. c'est tout vous ça - mettre les gens à quatre pattes
TANIA. vous vous y êtes mise toute seule
CATHERINE. asservir pour garder les mains propres
TANIA. j'ai froid
CATHERINE. je m'active, ça me réchauffe - levez les pieds
TANIA. j'ai les jambes engourdies
CATHERINE. j'ai mal au dos
TANIA. j'ai mal aux genoux
CATHERINE. j'ai mal partout
TANIA. vous me ferez un petit massage facial ?
(…)


PIERRE NOTTE Il a rencontré à la Comédie-Française Tania Torrens et Catherine Hiegel qui l'ont poussé à écrire une pièce dressant le portrait de deux vieilles qui n'auraient jamais eu recours à la chirurgie esthétique. Il a écrit pour elles, inspiré par elles, La nostalgie des blattes. Il signe le texte et la mise en scène. Pierre Notte est auteur, metteur en scène, compositeur, comédien. Il est artiste associé au théâtre du Rond-Point depuis 2009. Il a été secrétaire général de la Comédie-Française, journaliste et rédacteur en chef du magazine Théâtres.
Il a signé notamment les pièces Sur les cendres en avant ; L'homme qui dormait sous mon lit ; L'histoire d'une femme ; Pédagogies de l'échec ; Ma folle otarie ; Les Éprouvés ; C'est Noël tant pis; Les Couteaux dans le dos; J'existe (foutez-moi la paix) ; Deux petites dames vers le Nord ou encore Moi aussi je suis Catherine Deneuve. II a mis en scène ses propres pièces, ainsi que Kalashnikov de Stéphane Guérin, Night in white Satie, l'Adami fête Satie pour le grand plateau du Rond-Point et le Théâtre du Balcon d'Avignon (2017), et Noce de Jean-Luc Lagarce (Lucernaire et tournée.)

 

CATHERINE HIEGEL
Diplômée du conservatoire national supérieur d'art dramatique, elle a été pensionnaire, sociétaire et doyenne de la Comédie-Française, Catherine Hiegel est comédienne, metteuse en scène. Elle a travaillé sous la direction de Dario Fo, Patrice Chéreau, Jorge Lavelli, Giorgio Strehler, Jacques Lassalle, Jean-Paul Roussillon, Marcial Di Fonzo Bo, Arnaud Meunier, Emmanuel Meirieu. Elle reçoit le Molière de la comédienne en 2010 pour son rôle dans La Mère de Florian Zeller. Elle a récemment mis en scène Dramuscules de Bernhard, Le Bourgeois gentilhomme, et Les Femmes savantes de Molière.
Elle joue Catherine dans La nostalgie des blattes.

TANIA TORRENS
Conservatoire national, compagnie Renaud Barrault, et Comédie-Française... Tania Torrens a traversé les grandes aventures de l'histoire du théâtre, elle a joué pour Roger Blin dans Les Paravents de Genet, devient pensionnaire puis sociétaire de la Comédie-Française, travaille avec Pierre Dux, Maurice Escande, Jean-Paul Rousillon, Jorge Lavelli, Jean-Luc Boutté, Jean-Pierre Vincent. Hors du Français, elle travaille avec Jacques Lassalle, et très régulièrement avec Jeanne Champagne. Au cinéma, elle est la voix française attitrée de Sigourney Weaver et de Judi Dench.
Elle joue Tania dans La nostalgie des blattes.


Il y a du Beckett dans ce texte futuriste caustique et absurde. Pierre Notte pourrait certes alter plus loin dans l'ascèse et l'âpreté, rendre plus cinglant son propos humaniste. Mais la virtuosité, l'humour féroce et l'énergie diabolique des deux comédiennes gomment les quelques tunnels et effets faciles de la pièce. En à peine plus d'une heure chrono, Catherine Hiegel et Tania Torrens, métamorphosées en boxeuses de l'apocalypse, mettent K.-O. le temps et ses outrages. Les Echos

Elles se jaugent, se chamaillent, parlent d'abondance, rient, paniquent, se calment. Partagent. Ici, le texte, bref et incisif échange, avec ses pirouettes, ses glissements, ses regrets d'un univers qui ne reviendra plus (d'où le titre...), est le support d'un déploiement de jeu virtuose. Elles savent tout jouer, ces deux grandes solistes qui aiment se fondre dans le tac au tac vif des répliques rosses ou fraternelles imaginées par Pierre Notte. Hiegel entre candeur et acidité, Torrens entre superbe et vulnérabilité sont plus qu'épatantes. Grandioses. On ne cesse de rire mais on a le cœur serré... Figaro Scope

(...) C'est cruel mais ces deux anciennes sociétaires de la Comédie Française n'ont pas le même tempérament, et le dialogue serre écrit pour elles (à leur demande et avec leur complicité) par le facétieux Pierre Notte s'appuie sur cette savoureuse opposition Tania Torrens, grande femme aux yeux bleu vif, joue la comédienne de «theâââtre» a l'articulation parfaite, quand Catherine Hiegel, a la chevelure touffue, aiguise sa gouaille espiègle. L'ex jeune tragédienne et la comique née défendent bec et ongles leurs 70 printemps et leur refus des rafistolages cosmétiques dans un cocktail mordant. Télérama

L'idée est de Catherine Hiegel. Le texte et la mise en scène sont de Pierre Notte. Et le résultat est un court spectacle d'une heure dix, assez drôle, profondément beckettien, politiquement incorrect, et incarné remarquablement par ces deux grandes comédiennes, qu'il faut avoir vues au moins une fois dans sa vie... Ces « blattes » sont une délicieuse mise en bouche pour la rentrée théâtrale. L'Express