TEMPS FORT POÉSIE ET POLITIQUE

Comment une heureuse idée poétique peut-elle être porteuse d'une dimension politique ?
Ou comment une rêverie politique peut-elle se révéler en décision poétique ?

JEU 15 NOVEMBRE 20H
durée 1h
RÉSERVER
LE DRAKKAR
tarif A
THÉÂTRE
dès 15 ans

Une cigarette au Sporting

CONCEPTION HALA GHOSN
COLLECTIF LA POURSUITE
COPRODUCTION DSN

 

Le Sporting, célèbre club privé de Beyrouth, où se côtoient toutes les nationalités et religions depuis le début des années 1950.

Nous sommes donc au Sporting. Mona, franco-libanaise, se voit affectée à l'écriture d'un article sur les relations Orient/Occident. Ce papier doit être synthétique, léger et estival… Pour trouver le bon angle, elle échange avec le serveur du Sporting, son amie libanaise, un Français, Jésus lui-même, le fondateur du Sporting, la féministe égyptienne Doria Shafik… Il est question d'origines, de religion, de guerre, de littérature, de politique, de clichés bien entendu.

« Aujourd'hui la fracture entre Orient et Occident est au centre des débats médiatiques. Pour moi c'est un leurre, une idée destinée à séparer des cultures qui se mêlent depuis des siècles. Nos préoccupations sont souvent communes : corruption, chômage, géopolitique, stratégie, religion, perte d'identité, nationalisme... Derrière ces grands mots, il y a des histoires, intimes, d'hommes et de femmes au sein de sociétés complexes. Et le désir de raconter un quotidien loin des images orientalistes, loin de l'obscurantisme, de déconstruire les idées reçues. » Hala Ghosn

Écriture et jeu Hala Ghosn, Jean-François Sirérol. Création sonore Grégory Joubert. Création visuelle Jérôme Faure. Création lumière Maud Villeval. Prise de vues Firaz Zebib et Cécile Rogues. Collaboration artistique Céline Garnavault, Nicolas Petisoff.

Production Le Collectif La Poursuite. Partenaires DRAC et région Normandie, théâtre le Passage, DSN – Dieppe Scène Nationale, Le grand parquet- théâtre Paris Villette, le Volcan Scène Nationale du Havre, L'étable – cie des petits champs, théâtre de Rungis.

© photo : DR


Porter sur scène une parole contemporaine, libre et progressiste…
Aujourd'hui la fracture entre Orient et Occident est au centre des débats médiatiques.
Pour moi c'est un leurre, une idée destinée à séparer des cultures qui se mêlent depuis des siècles. La littérature du Moyen-Orient en est certainement le meilleur exemple.
Nos préoccupations sont souvent communes : corruption, chômage, géopolitique, stratégie, religion, perte d'identité, nationalisme...
Derrière ces grands mots, il y a des histoires, intimes, d'hommes et de femmes au sein de sociétés complexes.
Nous vous proposons un voyage, à contre-courant, à travers les langues, les sonorités, les personnages politiques ou poétiques, du Moyen-Orient.
Raconter un quotidien loin des images orientalistes, loin de l'obscurantisme, déconstruire les idées reçues.
L'action se situe au Sporting, premier club de baignade privé de Beyrouth, ouvert en 1953.

Hala Ghosn


C'est en 1953, qu'un jeune palestinien, fonde le « Sporting » : un lieu de baignade avec accès privé, sur quelques rochers du littoral. Sa plage ne connaissant pas le succès attendu, il décide d'en faire un Club. Seules quelques personnes, recommandées aurons le droit d'y accéder.

Cette exclusivité, fera le succès d'un club qui survivra à toutes les guerres, toutes les attaques. Il ne fermera que deux jours en vingt-cinq ans de conflits.

Mes amis racontent, qu'ils venaient s'y baigner alors que les bateaux israéliens, au loin bombardaient la ville. C'était leur manière de résister, se baigner, coûte que coûte !

Le « Sporting » est riche en histoire, ici, pas de religion, pas de politique, les miliciens, les politiciens, les civils, de tous bords sont égaux. Pas d'armes, pas d'escorte, les baigneurs sont priés de les laisser à l'entrée et de se promener en... maillot de bain, quoi de plus normal !

Beaucoup d'intellectuels du monde arabe s'y sont côtoyés, les écrivains, les journalistes, les chanteurs, les stars du cinéma égyptiens des années soixante, soixante-dix, hommes et femmes épris de liberté. Au « Sporting », on ne lit pas ELLE Oriental ou Paris Match, les baigneurs se cultivent. Ils lisent les grands quotidiens mondiaux. Les romans sont en toutes langues, car au sporting, depuis toujours, toutes les nationalités se côtoient.

Nous souhaitons raconter l'orient progressiste à travers l'histoire et de ce lieu hautement symbolique. »


(en cours d'écriture...)
IMANE, une amie de Mona, la rejoint sur son transat.
IMANE : Ouh, ça m'a crevé ces longueurs... Qu'est-ce que tu fais?
MONA : Je travaille.
IMANE : Tu travailles ?
MONA : Le rédac chef me propose la une du journal. Il veut que j'écrive un article sur la relation Orient/Occident, texto.
IMANE : Pour quand ... ?
MONA : Ce soir...
IMANE : Mais t'es en vacances !
MONA : C'est la chance de ma vie. (Un temps). Je me rends compte que je ne me suis jamais posée la question de ce qui nous différencie... toi... l'orientale et moi l'occidentale... .
IMANE : Nadeem est passé ? Mona, je ne m'y ferai pas à cette piscine, mais la mer est tellement sale, ici...Y'a pas de différence.
MONA : Entre la piscine et la mer ?
IMANE : NON, entre toi et moi.
MONA : ...
IMANE : Tu n'es pas d'accord ? Tu veux nous opposer ? ente 'arabiyyé metlna. Tu es une arabe toi aussi.
MONA : Oui, enfin...
IMANE : Ton père est libanais. Tu comptes rentrer dans cette rhétorique de l'opposition ?
MONA. Je cherche un angle d'attaque... Il faut que je me démarque. Ils sont mortifères leurs articles ! Ils parlent de terrorisme ou de religion... Pour avoir du tweet en plein mois d'août... il faut que ce soit percutant... Je vais partir sur un truc léger, synthétique...Un test ! «Et, vous? Vous êtes plutôt Orient ou Occident?»
IMANE : Pff, comme vous êtes plutôt vin blanc ou vin rouge, thé ou café, macarons ou petits choux, dattes ou pruneaux, sucré ou salé...
MONA : C'est bon, j'ai compris ! C'est pas assez intellectuel pour toi. IMANE : C'est pas ça. Tu fais un «test» sur un sujet aussi sérieux. MONA : On peut pas dédramatiser...
IMANE : Franchement c'est sale.
MONA : Mais j'ai encore rien écrit !
IMANE : Je dis la mer ! La mer elle est sale, tout ne tourne pas autour de ton nombril !
MONA : Franchement, pourquoi il me donne la Une avec ce sujet ! Je ne suis pas la bonne personne. Je suis franco-libanaise, ok... mais pour moi l'orient, l'occident... c'est kif kif. Que je sois à Berlin ou ici au Sporting de Beyrouth, je me connecte au wifi et j'ai des amis partout ! Personnellement, si je faisais ce test, je saurai pas quoi répondre, je me sens ni d'orient ni d'occident... Regarde autour de nous, les gens viennent de partout ! Y'a des libanais, normal, et il y a des japonais, des togolais, des suédois, des français...
IMANE : C'est pour ça qu'on vient ici !
MONA : Tout le monde parle anglais, aujourd'hui... Elle est archaïque cette question... Peut-être qu'avant y'avait un orient et un occident, les gens ne se connaissait pas, ils parlaient des langues différentes, géographiquement, ils étaient loin les uns des autres, et il fallait des mois pour aller à Istanbul... Maintenant Paris Beyrouth, C'est 4h, ça va aussi vite qu'un Paris-Brest...
IMANE : C'est un très bon gâteau.
MONA : Donc l'orient, l'occident, ça ne veut plus rien dire... (Un avion passe au dessus d'elle).
IMANE : Allez...Regarde autour de toi, profite, tu es en vacances ! Citoyenne du monde ! Laisse toi bercée par le passage des avions qui s'échouent sur le tarmac de l'aéroport Rafic Hariri... Respire cette odeur de kérosène international !