Ni juge, ni soumise

FILM DOCUMENTAIRE BELGE DE JEAN LIBON ET YVES HINANT (2016 - 1H39) logo audiodescription

Ni juge, ni soumise est le premier long-métrage issu de l’émission culte de la télévision belge Strip-tease. Pendant trois ans, les réalisateurs ont suivi à Bruxelles la juge Anne Gruwez au cours d'enquêtes criminelles, d’auditions, de visites de scènes de crime… Ce n'est pas du cinéma, c'est le quotidien d’une vraie juge mis à nu.

HORAIRES

7 > 13 MARS

mercredi : 18h45
jeudi : 20h45
vendredi : 18h30
samedi : 18h15
mardi : 18h30 D

Est-ce un documentaire, ou une fiction ? De l’art ou du cochon ? "Ni juge, ni soumise", ce n’est pas du cinéma… c’est pire.

Depuis vingt-cinq ans, sans commentaire, sans interview, ni concession, « strip-tease » a déshabillé la France et la Belgique. Cette émission programmée sur France 3 et la RTBF, a marqué l’histoire de la télé et provoque toujours des réactions et des débats.
On pourrait la réduire au simple appareil de programme documentaire. Ce serait oublier que la grammaire des épisodes, tout en étant certes, dépendante du déroulement de la réalité, est aussi empruntée au cinéma. Il n’est donc pas étonnant que des réalisateurs reconnus aujourd’hui pour leur talent de réalisateurs cinéma (Joachim Lafosse, Benoit Mariage, etc…) soient issus de l’école « strip-tease ».
En effet, dans chaque film, qu’il soit court ou long, une histoire se raconte, des personnages changent, sont face à eux-mêmes ou à un conflit, l’histoire leur échappe, nous surprend, nous fait découvrir un milieu, des gens, nous raconte un état du monde, et surtout, dénonce sans artifice la société telle qu’elle est.

Considérée comme « culte », l’émission a semblé être entrée en résistance dans une télévision très formatée. Elle a continué à décrypter la société, comme le font depuis toujours les films de cinéma au travers de scénarios de fiction.

« Strip-tease » est né dans les années 80 de l’influence des comédies sociales à sketches italiennes. Un cinéma populaire qui ne respectait pas grand-chose et faisait tout passer à la moulinette : église, politique, famille, bourgeoisie, rapport homme-femme, sexe etc...

Notre écriture, c'est une comédie à sa manière, grâce à des séquences mêlant l’humour noir, l’absurde, l’amertume des situations, parfois un peu de vulgarité, de la poésie, du désespoir, le tout ancré dans notre époque. Il s’agit de scandaliser ou de faire rire en mettant le doigt là où ça fait mal. Il s’agit aussi de montrer des situations tragi-comiques contemporaines.
Nous scénarisons le réel, traquons notre quotidien en dénichant des personnages et des anecdotes de toutes catégories sociales, culturelles ou professionnelles confondues.

La grammaire de ces histoires a été empruntée plus d’une fois en fiction. On prête souvent à des longs métrages une “patte” « strip-tease ». Pourquoi alors, en restant fidèle à nous-mêmes, n’aurions-nous pas tenté de faire un long métrage « strip-tease » à la « strip-tease » ?
Sans changer de cap par rapport aux thèmes parcourus depuis des années, il s’agissait d’en désigner un qui puisse nourrir une histoire longue. Quoi de plus excitant qu’un polar ? Pas seulement qu’il aiguise notre curiosité macabre sur l’âme humaine, mais aussi parce que c’est souvent dans l’histoire d’un crime qu’on peut voir à la loupe la société dans laquelle on patauge.
Dans un polar, l’histoire est le plus souvent un prétexte qui nous amène à décrire les turpitudes de l’âme humaine. Dans un polar, on est prêt à suivre n’importe quelle piste, du moment que l’univers qui y est décrit nous touche, nous concerne et nous questionne.
Peu importe le criminel, du moment que ceux qui le traquent se passionnent pour son profil.

Dans ce film, le fil rouge est devenu la résolution d'un « cold case », une histoire réelle et non résolue depuis plus de 20 ans... Deux prostituées sauvagement assassinées dans de beaux quartiers du centre de Bruxelles. L'enquête redémarrant, il en allait de la réputation de notre juge. Où sont rangés les sacs de préservatifs retrouvés jadis dans les poubelles des deux victimes ? Que sont devenus les quatre suspects de l’époque ? Qu’apporteront les nouvelles méthodes d'enquêtes et les progrès de la criminologie ? Qui percera le mystère du préservatif aux six ADN différents?

L’expérience de Jean Libon après vingt-cinq années à « strip-tease », la connaissance qu’a Yves Hinant des arcanes judiciaires, et l’expertise de notre producteur, nous ont conduits à travailler sur le long terme. Le temps est un luxe aujourd’hui pour faire un film. Trois ans pour fabriquer le nôtre, c’était indispensable. Nous avions besoin de temps pour écrire, et apprendre à connaître un milieu, en profondeur.
Il nous fallait passer du temps avec les personnages, le temps que les situations changent, et que nous soyons toujours là, au bon moment. Au fil du temps, dans notre film noir, drôle, cruel et grinçant, s’est dessinée une réalité qui n’a rien à envier à la fiction.

Dans le cochon tout est bon…

Jean Libon, Yves Hinant

Il est toujours très délicat pour une oeuvre de changer de nature. Les romans ne sont pas toujours sublimés par leurs adaptations cinématographiques ou théâtrales, les magazines télé ne se convertissent pas toujours harmonieusement en long-métrage cinéma, les captations de spectacles ou de pièces de théâtre peinent souvent à communiquer en différé les émotions du « live »…

Lorsque Jean Libon, l’un des deux fondateurs de « Strip-tease », et Yves Hinant, un de ses réalisateurs récurrents, m’ont rencontré pour me proposer de produire le « premier long métrage Strip-tease pour le cinéma », j’ai donc d’abord été flatté, puis excité, puis assez vite préoccupé…

Dans « Strip-tease », c’est le réel qui mène la danse. Rien n’est écrit à l’avance. On peut certes déterminer le milieu que l’on va essayer de déshabiller, mais c’est à peu près tout… Le temps que cela prendra, la force du consentement ou de la résistance que l’on rencontrera, et le « nu » sur lequel on va déboucher restent autant d’inconnus qui rendent difficile toute planification, toute scénarisation préalable.
Par ailleurs, je rappelle ici le cahier des charges « strip-tease » qui, au fil de vingt-cinq années de programmation, a fait son style :

• Aucun écrit préalable.
• Aucun commentaire.
• Aucune interview.
• Aucun synthé rajouté sur l’image.
• Aucune musique additionnelle.
• Des accords écrits de tous les gens filmés.
• Aucun visage flouté. • Aucun enfant.
• Un court poème lu à la fin.
• « Combo Belge » sur le générique de fin.

« Strip-tease » a inventé dès sa création un Dogme bien plus strict que celui de Lars Von Trier. Il nous a donc paru très vite nécessaire d’insuffler quelques principes de cinéma au sein de ce dispositif :

• Un milieu qui par nature induit une forme de suspense et dont le conflit n’est pas absent.
• La possibilité de faire un « casting ».
• L’idée de miser sur le réel pour nous apporter la narration, et avoir en plan B un fil rouge qui inscrive une histoire dans le temps.

C’est la juge Anne Gruwez, à laquelle un numéro de « Strip-tease » avait été consacré (« Madame La Juge »), qui s’est imposée dans l’esprit de Jean et Yves en terme de casting.

Puis certains policiers et greffiers dont nous avons réussi à aligner les plannings sur ceux de notre juge. Et enfin, l’accès à un certain nombre d’affaires classées, dont nous avons extirpé celle qui nous paraissait la plus prometteuse.

Le reste a été l’affaire d’un certain nombre de complicités bienveillantes qui apparaissent dans notre générique, et de temps.

Les trois ans qu’ont duré le tournage de « Ni juge, ni soumise » nous ont imposé la patience, mais ont aussi permis de radiographier la montée de l’inquiétude et l’accroissement des disparités dans notre époque et notre société, qui prête à sourire autant qu’elle suscite notre effroi.

Bertrand Faivre

PRESSE

Folie douce à tous les étages dans ce film rentre-dedans où la figure extravertie de la magistrate s’avère être de la trempe de certains comédiens belges comme Benoît Poelvoorde ou Yolande Moreau. Rien ni personne ne sort indemne de ce jeu de massacre documentaire. L'Humanité
A chaque instant, le sordide côtoie la misère humaine la plus noire… « C’est souvent dans l’histoire d’un crime qu’on peut voir à la loupe la société dans laquelle on patauge », tel est le credo des réalisateurs de cette variante belge et surréaliste du Délits flagrants de Raymond Depardon. Télérama
Ni juge, ni soumise fait défiler un échantillon d’humanité qui échoue dans le bureau de cette juge, elle-même hors norme. Toutes les occasions où elle apparaît sont cocasses, nature et, par moments, inquiétantes sur l’administration de la justice belge. La Croix
Quand une justice décomplexée déshabille sans tabou nos sociétés, on s’enivre d’un vent de liberté que l’on croyait à jamais disparu. aVoir-aLire.com
Pendant trois ans, les réalisateurs de Strip-Tease, l’émission culte de la télé belge, ont suivi cette femme au caractère affirmé au cours de ses enquêtes, auditions, visites de scènes de crime, ou relâchant la pression au volant de sa 2CV bleue. Son franc-parler réjouissant permet une bonne dose d’humour très noir. Le Journal du Dimanche