Cas de conscience

Bedoune Tarikh, Bedoune Emza

FILM IRANNIEN DE VAHID JALILVAND (2017-1H44)
AVEC NAVID MOHAMMADZADEH, AMIR AGHAEI, ZAKIEH BEHBAHANI
PRIX FIPRESCI, VENISE 2018

Un soir, seul au volant, le docteur Nariman renverse une famille en scooter. Il les dédommage pour les dégâts matériels et insiste pour qu’Amir, leur enfant de 8 ans légèrement blessé, soit conduit à l’hôpital. Deux jours plus tard, Nariman apprend le décès du petit garçon des suites d’une intoxication alimentaire…
« Primé à Venise, Vahid Jalilvand signe un drame social sobre et d’une grande maîtrise sur la responsabilité individuelle, dans une société iranienne où les femmes se révèlent plus courageuses que les hommes. » Le Journal du Dimanche

HORAIRES

10 > 13 MAI

jeudi : 18h30
vendredi : 20h45
dimanche : 16h D

le dossier de presse (PDF)

“Ceux qui avaient de l’audace et du courage mourraient avant de pouvoir transmettre leurs gênes à la génération suivante. Ceux qui restaient, lâches et prudents, ont survécu. Nous sommes leurs descendants.” Cette citation de Rolf Dobelli a eu une influence particulière sur l’écriture du film. Nous nous représentons tous d’une étrange manière ce que sont des gens lâches, mais en réalité nous sommes pareils qu’eux. Peut-être sont-ils même l’incarnation de notre comportement, un comportement qui peut se révéler cruel et que nous justifions sous couvert de sagesse. Combien de fois nos peurs et notre incapacité à exprimer la vérité ont pu déclencher des peines dans la vie des autres ? Je ne sais pas ce que je ferais à la place du médecin légiste dans le film, mais je me souviens clairement de moments beaucoup plus simples où j’ai cédé à mes doutes, par sagesse. Ce film est peut-être un hommage à l’homme que j’aurais rêvé être. Vahid Jalilvand

À L’ORIGINE DE L’ÉCRITURE

Quand on a commencé à travailler sur le scénario avec le co-scénariste Ali Zarnegar, nous partagions notre temps entre l’hôpital et le cimetière. Un jour nous parlions avec un docteur, un autre jour avec un fossoyeur, on les a observés dans leur travail, on passait du temps avec eux. Mais nous ne savions toujours pas ce que nous allions raconter, on voulait simplement retranscrire ce sentiment de souffrance. Il nous a fallu 16 mois avant de finaliser l’histoire du film.

RESPONSABILITÉ

Les fautes commises par les individus sont des sous-produits de l’insécurité. Ce sont la conséquence de circonstances particulières, de privations émotionnelles, de rejet de la communauté... Personne ne naît criminel. Des conditions familiales défavorables, des négligences parentales et le manque de confiance en soi, vont conduire l’enfant dans un univers violent où aucun droit ni aucune règle ne pourront l’arrêter. Une société basée sur des obligations et des interdictions, et non sur la conscience et la dignité, se cache derrière ses règles dans les moments critiques. Les lois sont inefficaces et même dangereuses si la dignité humaine n’y est pas respectée.  

SAGESSE

La raison et le courage sont souvent mis en opposition et on pense parfois que ces deux notions peuvent difficilement cohabiter chez une personne. Dans la philosophie orientale, la “sagesse vivante”, dont la priorité est la “survie”, est très différente de la “sagesse du jugement” qui porte un regard différent sur les situations et nous rappelle en permanence l’idée de la vie après la mort. La “sagesse du jugement” ne considère cependant pas le courage en conflit avec la raison et parle même d’un être humain “moral courageux”, comme un être transcendantal. Dans le film, le Dr Nariman considère la raison d’une manière différente. Au début, il a peur et rejette la vérité, mais avec un peu de recul, il ouvre les yeux et fait le choix du courage, celui de connaître la vérité, de l’affronter. Tout son défi est d’arriver à concilier raison et courage.  

PERSONNAGES

J’accorde une grande importance à la perception et à la connaissance qu’ont les acteurs de leur personnage et des situations dans lesquelles ils se trouvent. Rien ne peut mieux préparer une performance que cette compréhension. Lors des répétitions, nous avons passé énormément de temps à comprendre chacun des personnages dans le moindre détail. Je préfère travailler avec des acteurs qui ont davantage de connaissances de la société et de la vie réelle, que d’expérience dramatique. Dans le film, tous les personnages, même les coupables, ont des motifs compréhensibles de faire ce qu’ils font. Et nous n’avons pas voulu les condamner ni les juger. Aussi, dans le film comme dans la société iranienne, les femmes sont plus audacieuses et courageuses que les hommes.


PRESSE

c’est très noir, mais aussi captivant. Libération
"Cas de conscience" a cependant les défauts de ses qualités : la virtuosité du scénario se referme comme un piège sur les spectateurs. Quant à la mise en scène, aride et dépouillée, à l’image de la vision pessimiste et tragique du cinéaste, elle semble condamner d’avance les personnages. Pour autant, le film parvient lentement à ses fins : par une forme d’intransigeance et d’âpreté qui ne laissent pas indemne. Le Monde
Mise en scène d’une angoisse existentielle bourgeoise vs peinture d’une terrible misère sociale. Vahid Jalilvand excelle sur les deux tableaux. Première
Avec sa mise en scène inspirée et son regard implacable sur la lâcheté, le déterminisme et l'aveuglement de la machine judiciaire (entre autres), le cinéaste signe une oeuvre puissante et singulière. Positif