CAFÉ CINÉ CURIEUX

NOUVEAU : DIMANCHE 17 JUIN DÈS 10H

L’équipe de DSN vous accueille avec un café-viennoiserie avant la séance (projection du film à 10h30).

Takara, la nuit où j'ai nagé

FILM JAPONAIS DE DAMIEN MANIVEL ET KOHEI IGARASHI (2017-1H19)
AVEC TAKARA KOGAWA, KEIKI KOGAWA, TAKASHI KOGAWA
SÉLECTION OFFICIELLE, VENISE 2017

Les montagnes enneigées du Japon. Comme chaque nuit, un poissonnier se rend au marché en ville. Réveillé par son départ, son fils de six ans n'arrive pas à se rendormir. Dans la maison où tout le monde dort, le petit garçon fait un dessin qu'il glisse dans son cartable. Le matin, sa silhouette pleine de sommeil s'écarte du chemin de l'école et titube dans la neige, vers la ville...
« Une micro-odyssée stimulante, sensitive, truffée d’astuces de mise en scène, à la fois cocasse et mélancolique. » Première

HORAIRES

dimanche : 10h + CAFÉ CINÉ CURIEUX

jeudi : 18h30
samedi : 17h
dimanche : 18h30 D

Le dossier de presse (PDF)

Nous nous sommes rencontrés au Festival de Locarno où nous présentions nos premiers longs-métrages respectifs, nous avons tout de suite parlé de cinéma et sommes devenus amis malgré la barrière de la langue. Quelques mois plus tard, nous avons décidé de faire un film ensemble au Japon. Damien voulait filmer la neige, et, Kohei, travailler avec un enfant. Nous sommes donc partis en repérage dans la région la plus enneigée du Japon, à Aomori, et y avons fait la rencontre d’un garçon de six ans, Takara. Ce qui nous a bouleversé chez lui, c’est son mélange de fantaisie et de tristesse, sa sincérité à toute épreuve... Dans la vie, son père est poissonnier et le petit garçon l’entend se lever chaque nuit pour partir au marché. Quand il rentre de l’école, son père dort. Ils se voient donc très peu. Nous avons tâché de raconter ce sentiment complexe d’amour et de distance, dans les pas de Takara.

Damien Manivel et Kohei Igarashi

 

5 QUESTIONS AUX RÉALISATEURS

C’est la première fois que vous faites une coréalisation, en quoi est-ce différent de vos précédents films ? Comment avez-vous trouvé un langage commun entre le japonais et le français ?
DM :
On a écrit l’histoire et fait tous les  choix ensemble mais sur le plateau on se répartissait naturellement les rôles. La plupart du temps, Kohei expliquait les actions aux acteurs et moi je dirigeais l’équipe technique, la caméra. Mais nous pouvions tout aussi bien inverser les rôles si la scène le nécessitait. Nous n’avons pas fixé de règle au préalable.
KI : Ce n’était pas très différent de mes films précédents, c’était très naturel de travailler avec Damien. On parlait en japonais, avec des mots simples. C’est peut-être la raison pour laquelle TAKARA raconte une histoire si simple.

C’est effectivement une histoire très simple, un film muet et pourtant très profond et universel...
DM : Nous avons essayé de trouver la meilleure façon d’exprimer les sensations et sentiments de notre enfance. Kohei est né au Japon, je suis né en France et pourtant nous avons trouvé beaucoup de similitudes dans nos souvenirs.
KI :
Nous avons rencontré Takara et passé beaucoup de temps à jouer avec lui pour comprendre la vie qu’il mène et son monde. À travers lui, nous avons redécouvert notre enfance.

En parlant de Takara, votre acteur de 6 ans... Comment l’avez-vous rencontré et comment a-t-il travaillé son rôle ?
KI : Nous l’avons croisé un après-midi par hasard après un concert qui grouillait d’enfants. Il courait partout, nous l’avons remarquétout de suite. Nous sommes allés parler à sa mèreet très vite, on a su que c’était lui.
DM :
Mais c’est vrai qu’au départ, même si nous avions enviede le filmer, nous ne savions pas comment nous y prendre, car les premiers jours il était vraiment incontrôlable. C’est là où nous avons décidé de nous adapter à sa vie et notamment de faire jouer toute sa famille dans le film.

Dans Takara, tout est inspiré par la vie quotidienne, tout semble si naturel et pourtant il y a quelque chose en plus, une poésie qui émane de ce récit. Les sons ont une grande importance pour vous ?
KI :
La première fois où je suis allé à Aomori, j’ai senti que ce lieu avait quelque chose de sacré. Nous avions cela à l’esprit quand nous filmions les paysages enneigés...
DM :
Étant donné qu’il n’y a pas de dialogues dans le film, nous avons mis l’accent sur l’environnement sonore, l’impression d’espace, les pas dans la neige, l’atmosphère si particulière d’Aomori.

Et puis il y a beaucoup d’humour, une grande mélancolie. C’était présent dès l’étape du scénario ?
DM :
Il faut savoir que Takara est très créatif mais têtu. Il  n’hésitait pas à faire ses propres propositions, souvent décalées et drôles. Quant à la mélancolie... Nous le filmons quand il est vraiment triste, quand il dort vraiment, c’est un portrait sans filtre.
KI :
Takara nous a tout de suite fait penser à un petit Chaplin japonais


JOURNAL DE TOURNAGE

1 - TAKARA DEVANT LA TV
Comme nous avons tourné le film dans l’ordre chronologique, c’est l’une des premières séquences que nous avons faites avec Takara. C’est le milieu de la nuit et il regarde la télévision en silence, happé par un dessin animé. Son visage est très enfantin et en même temps, on sent la fatigue de l’insomnie, la solitude qui est la sienne alors que tout le monde dort. Ce qui nous a surpris, c’est sa capacité à oublier  la caméra. Là, il y a toute notre équipe de tournage autour mais Takara est ailleurs. A cet instant, nous avons compris que pour obtenir des sentiments authentiques, il fallait qu’il joue des choses qui lui plaisent ou qui correspondent aux états qu’il traversait. Quand il était joyeux, on pouvait faire une scène joyeuse, s’il était triste ou mélancolique, nous devions aller dans son sens. Le plan où il déterre une mandarine cachée dans la neige, enjambe la barrièrede l’école et dévore le fruit est sa scène préférée, nous a-t-il confié.

2 - LE DESSIN
Takara dessine beaucoup, tout le temps et aime offrir ses croquis. C’était donc logique pour nous de construire notre récit autour de celui qu’il veut donner à son père. Notre première idée était de lui demander de croquer son père. Un soir, après la journée de tournage, nous le lui avons proposé mais il a refusé. Sans doute par pudeur ou bien cela lui semblait trop évident... Quoiqu’il en soit, le lendemain, il est arrivé avec le dessin des poissons multicolores, la pieuvre et la tortue. Nous nous sommes tout de suite dit que c’était une bien meilleure idée, bien plus spontanée et nous avons donc construit tout le film autour de ce dessin. Ce qui est drôle, c’est qu’après la projection à Venise où Takara et sa famille étaient présents, Takara a dit à sa mère qu’à ses yeux, le film n’était pas encore terminé car il manquait la scène où il donnait son dessin à son père.

3 - LES 2 CHIENS
Il s’appellent Sakura et Socks. Nous étions en plein tournage d’une autre scène, dans la rue adjacente. Keiki, la grande soeur et Takara marchaient sur le cheminde l’école. Le plan n’était pas satisfaisant et nous avions décidé de changer la place de la caméra et toute l’installation technique. Pendant notre préparation, Takara était parti jouer dans la neige, comme à son habitude. Tout à coup, nous avons entendu des aboiements répétés et très forts. Lorsque nous sommes allés voir ce qu’il se passait, Takara était là, face aux deux chiens, enpleine bataille d’aboiements. Le soir, en rentrant après la journéede travail, nous avons repris le scénario et décidé d’inclure cettes cène comique dans le film.

4 - LA TEMPÊTE DE NEIGE
C’était la scène séquence la plus difficile de tout le tournage. Sur le papier, nous savions qu’il nous faudrait filmer Takara pris dans une tempête sur le parking du marché où travaille son père. Un matin, elle s’est déclenchée et alors que nous n’avions pas du tout prévu de la tourner ce jour-là, nous avons changé rapidement le plan de travail, nous avons rangé tout le matériel dans le camion et nous sommes partis. Il neigeait très fort, c’était idéal. Nous avons installé la caméra et répété l’action avec Takara. Un quart d’heure plus tard, juste avant de commencer à tourner, Takara fondait en larmes. Il venait d’apercevoir son père qui terminait sa nuit de travail et s’en allait. Une fois la voiture éloignée, impossible de faire quoique ce soit. La réalité rejoignait la fiction, le fils était confronté à l’absence de son père. Nous avons malgré tout réussi à le rassurer et à tourner la prise qui est dans le film, où l’on ressent toute l’épaisseur de son chagrin.

5 – LA PHOTO DU PÈRE
C’est une photographie du père de Takara, prise au marché où il travaille. En fait, c’est la toute première que Takara a prise avec l’appareil que ses parents lui ont offert à Noël. Elle est datée du 25 décembre. Lorsque nous avons demandé à Takara de nous révéler le contenu de son appareil, nous avons été très émus par ce portrait d’un père joyeux et fier, et nous avons décidé de l’inclure dans le film. Ensuite, nous avons déroulé les autres photos (les figurines de dinosaures la nuit, des paysages, des rues, les poissons...) et nous avons inclus l’idée dans le scénario que grâce à ces photos contenues dans son petit appareil, Takara retrouve la route du marché. Dans notre façon de construire la fiction, ce genre de matière documentaire est cruciale, c’est d’ailleurs pour cette raison que nous avions d’emblée décidé de filmer une vraie famille. Evidemment, nous aurions pu refaire des photos nous-mêmes mais nous aurions eu le sentiment de tricher. Takara a son propre regard d’enfant et un style bien à lui, on le sent dans ce qu’il saisit à travers ses dessins.

6 – LE SOLEIL SE LÈVE SUR LES COLLINES
C’est le dernier plan du tournage. Nous nous sommes rendus dans les collines en pleine nuit et nous avons attendu que le soleil se lève. L’hiver dans la région d’Aomori est très capricieux, il peut faire très beau et vingt minutes plus tard une tempête de neige peut éclater. Par chance, le ciel était dégagé cette nuit-là. Nous étions tous très fatigués mais heureux, c’était un moment fort pour toute l’équipe.


PRESSE

Un beau conte sans paroles. L'Humanité
Ainsi, l’art minimaliste de Manivel et Igarashi confine ici à la miniature, détaillant patiemment, plan par plan, un Japon à hauteur d’enfant, discrètement hanté par les films d’Ozu, le plus grand des cinéastes miniaturistes. Libération
Sans se substituer au point de vue de l'enfant, la mise en scène place le regard à sa hauteur pour en capter le rapport au monde apparemment innocent et banal, mais dont de petites touches signalent qu'une intimité moins innocente s'y dissimule. Critikat.com
On pense à Albert Lamorisse ("le Ballon rouge") pour la manière d'évoquer poétiquement les audaces, les craintes et les déterminations de l'enfance face à un monde qu'elle tente d'appréhender. Le Nouvel Observateur
Le cinéma de Manivel est a priori si limpide, il épouse à ce point la logique du conte, qu’il en devient indéchiffrable, en ce sens que son appréhension, sans manquer, est à la discrétion de ses spectateurs. Les Fiches du Cinéma