L'Édito

Une Scène Nationale – reconnue d’intérêt général – est appelée à se déployer. C’est inscrit dans ses gènes : développement de projets, productions et coproductions, diffusion pluridisciplinaire, accompagnements d’équipes artistiques, irrigations culturelles, liens aux publics et aux populations, évolution des outils et des architectures… au service de tous, de la rencontre et de l’échange… sans dogmatisme… toujours présente dans l’histoire de la décentralisation.
Une Scène Nationale n’est donc pas une scène comme les autres. Ainsi, tout n’égale pas tout. La Scène Nationale de Dieppe s’inscrit sur ces bases et dans son réseau… avec toujours l’exigence du cheminement, parce que le cinéma et le spectacle vivant à Dieppe, c’est une histoire. Une histoire de qualité, de recherche... et de confiance avec les spectateurs toujours plus nombreux. On se doit de la respecter.
Équilibrer, explorer, n’est pas s’agiter au nom d’un changement fabriqué… qui – dans les faits – ne discerne plus les approches humanistes et ne raisonne plus qu’en termes d’économie et de communication.
Ainsi, seule l’image… creuse, vaine et trompeuse, prime.
Nous refusons de surnager dans le bain tiède d’un monde qui se réjouit d’organiser – à son insu souvent – le décervelage.
Le divertissement porte haut sa couronne, monstre noir, bien éveillé, qui a contaminé – au nom usurpé de la démocratie – la sphère dite « culturelle ».
Il est devenu la règle – cela n’est pas anodin – et participe à l’abstention grandissante à chaque élection, à la méconnaissance et au désintérêt du fonctionnement de nos institutions, à l’absence de conscience politique ou aux engagements funestes, à la célébration de la mémoire, mais à la pratique de l’amnésie…
Les années de téléréalité coûtent cher à nos sociétés. Nous connaissons là un violent retour de flamme. Au fond de l’histoire, Néron est pluriel, écrivait Hugo. Inventons alors une saison autour de l’idée de justice et d’équité !
Oui, cela est possible et ce sera celle-ci : 2017/2018. Elle se dessine de façon inconfortable, quelquefois, délicate, toujours, dérangeante, souvent… joyeuse aussi. Les artistes présents à vos côtés, cette année, se risquent en ce mince espace de l’entre deux… entre complicité et révolte. Ils vous accueilleront dans le mouvement de leur action, pleine et entière, engagée et ouverte au débat. Ils peupleront nos rêves sans faire rêver le peuple.
Venez à nous en cette saison de lumière et de provocation ! Et que l’on ne prenne pas la peine de penser pour nous, public ami, nous y suffisons nous-mêmes… avec les artistes… ensemble !

 

Philippe Cogney, Directeur de Dieppe Scène Nationale