L'IMMANQUABLE DU MOIS

À PARTIR DU 8 MAI

L'homme qui tua Don Quichotte

FILM ESPAGNOL DE TERRY GILLIAM (2017-2H12)
AVEC JONATHAN PRYCE, ADAM DRIVER, OLGA KURYLENKO
SÉLECTION OFFICIELLE, FILM DE CLÔTURE, CANNES 2018

En 2000, le rêve du britannique Terry Gilliam d'adapter pour le cinéma le monument littéraire de Cervantès avait tourné au cauchemar. Le documentaire Lost in la mancha, initialement prévu pour faire office de complément sur l'édition DVD, était tout ce qu'il restait au génial réalisateur de Brazil pour pleurer. Les cinéphiles pleuraient aussi en découvrant les fabuleux costumes inutiles, les somptueux décors ravagés et les prestations alléchantes du trio Johnny Depp - Vanessa Paradis - Jean Rochefort. Il fallait se résoudre à ce que tout cela ne soit qu'un rêve... Et puis, il y a quelques semaines, la nouvelle est tombée sous la forme d'un message du cinéaste : « Désolé pour ce long silence (...). Après 17 ans, nous avons terminé le tournage de L'homme qui tua Don Quichotte, muchas gracias à toute l'équipe et aux croyants. Don Quichotte est vivant ! » Les premières images dévoilées laissent entrevoir un scénario totalement remanié. Comme si le projet s'était nourri de ses propres déboires, Terry Gilliam propose une mise en abîme particulièrement astucieuse : un jeune réalisateur désabusé se retrouve confronté aux conséquences qu'un de ses premiers films, adapté de Cervantès, a entraînées pour la population d'un petit village espagnol. Un vieux cordonnier est notamment persuadé qu'il est le vrai Don Quichotte... Dans la foulée de cette annonce, le film est sélectionné au Festival de Cannes. Tout est bien qui finit bien ? Non, voilà que le producteur initial, à qui Gilliam reprochait son manque d'investissements, porte plainte et tente d'interdire la projection cannoise. Coïncidence ou coup de trop ? L'ex Monty Python qui confesse malicieusement que son « cerveau a toujours été très perturbé » est victime d'une attaque cérébrale... Il s'en remet rapidement, jurant qu'il sera bien là pour la première projection publique de « son » Quichotte, et la justice tranche le litige : oui, le film pourra être présenté en clôture du Festival de Cannes. Mais le producteur contre-attaque, demandant l'interdiction de sa sortie en salle. À l'heure où ces lignes sont écrites, la décision finale n'a pas été rendue. Pourrons-nous vous proposer le film comme prévu ? Nous avons envie de le croire. Il faut avoir la foi, une foi à la hauteur de celle d'un artiste de 77 ans qui s'est littéralement battu contre vents et marées pour que son rêve devienne réalité. (+ d'infos)