L'IMMANQUABLE DU MOIS

À PARTIR DU 18 OCTOBRE

The Square

FILM SUÉDOIS DE RUBEN ÖSTLUND (2017 - 2H22)
PALME D'OR, CANNES 2017

Une chose est claire au sujet de Ruben Östlund, réalisateur suédois de 43 ans récompensé par une Palme d´Or dès son cinquième long métrage : il a la haine. La haine contre l´état du monde contemporain. Il décrit The Square comme « une allégorie de notre société. Où il semble que nous devenons de plus en plus individualistes et de moins en moins tentés de nous sentir responsables des autres, considérés comme une menace ». En 2014, dans Snow Therapy, il mettait en scène un père qui abandonnait femme et enfants face à une avalanche mais n´oubliait pas de sauver son téléphone portable. Le pauvre bougre, dévoré par la culpabilité, passait le reste du film à chercher une façon de se racheter. Ruben Östlund est cruel mais il manifeste de l´affection pour ses personnages qui ne sont pas si mauvais, simplement emprisonnés dans l´image qu´ils ont construit d´eux même pour « réussir » dans la vie familiale ou professionnelle. Et voilà Christian, le personnage central de The Square : divorcé, deux enfants, conservateur d´un grand musée d´art contemporain. Élégant dans ses costumes bien taillés, Christian habite un loft, roule en voiture électrique et soutient les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition autour d´une installation incitant les visiteurs à l´altruisme et à la fraternité avec les exclus. Vous devinez que le réalisateur va le passer à la moulinette. Sans réelle méchanceté et avec un humour irrésistible, il va mettre à jour l´hypocrisie de son existence. Le ridicule ne tue pas, il fait tomber les masques. Et derrière les masques, il y a les instincts, les peurs infantiles et cette forme primitive de rapport à l´autre, de confiance sans calcul. Ce que recherche Ruben Östlund (qui se revendique marxiste), c´est un soulèvement intérieur mené par ce qu´il nous reste d´humanité sous le vernis des conventions sociales, la pression de la compétition libérale, l´appareillage technologique. Une quête parfaitement illustrée par cette séquence inoubliable où un comédien se livre à une performance sauvage au milieu des convives tellement civilisés du vernissage de l´exposition. à l´image du film, cette séquence suscitera certainement un trouble chez le spectateur, l´invitera à questionner son propre rapport à l´autre. C´est l´objectif du réalisateur : « Je suis fou de joie lorsque quelqu´un me dit qu´il a passé la nuit entière à discuter de mon film avec des amis, car cela signifie que ce dernier a amorcé un changement qui ne se cantonne pas qu´à la salle de cinéma ».