La Région Sauvage

La Region salvaje

FILM MEXICAIN D’AMAT ESCALANTE (2016 - 1H40)
AVEC RUTH RAMOS, SIMONE BUCIO, JESUS MEZA
SÉLECTION OFFICIELLE, VENISE 2016

Alejandra vit avec son mari et leurs deux enfants dans une petite ville mexicaine. Le couple, en pleine crise, fait la rencontre d’une jeune fille sans attache qui les amène dans une cabane au fond des bois. Là, vivent deux chercheurs et la mystérieuse créature qu’ils étudient…
Interdit aux moins de 16 ans

HORAIRES

16 > 22 AOÛT

mercredi : 18h30
vendredi : 20h45
dimanche: 18h30
mardi : 18h45 D

Une proposition de cinéma suffisamment curieuse pour interpeller, comme si Escalante hybridait son "Sangre" avec l’animé "Urotsukidoji". CinemaTeaser
"La Région sauvage" est le quatrième film d'Amat Escalante, ex-enfant terrible du cinéma mexicain, qui avait débuté par un coup d'essai très grinçant, Sangre (2005), déjà sur la sexualité. (...) S'il brouille parfois inutilement les pistes, il crée un univers captivant qui n'accable personne, pas même le mari violent.
Télérama
Habituel chouchou de Cannes, Escalante a eu, avec "la Région sauvage", les honneurs du Festival de Venise et du jury présidé par Sam Mendes, qui l'a couronné d'un lion d'argent du meilleur réalisateur. Bien lui en a pris. Il réussit là un film inouï, quelque part entre "la Bête", de Walerian Borowczyk, et "Under the Skin", de Jonathan Glazer.
Le Nouvel Observateur
Très influencé par l’imaginaire de Guillermo del Toro pour le look de la créature, métaphore du désir et du danger, ce récit initiatique frappe par son atmosphère envoûtante et sa lucidité glaçante.
Le Journal du Dimanche

NOTE D'INTENTION

J'ai tourné la plupart de mes films à Guanajuato, où j'ai grandi et passé une bonne partie de ma vie. C'est un endroit empreint de valeurs traditionnelles et conservatrices. L'état de Guanajuato est le plus catholique du Mexique. Par exemple, il y a quelque temps, il y a eu une polémique à propos des manuels scolaires mis en place par le gouvernement qui comportaient un chapitre sur les organes génitaux et les rapports sexuels protégés ; un groupe a fortement lutté pour que ce chapitre soit supprimé des livres. Ils ont même été jusqu'à brûler les manuels en signe de protestation. Pourtant, nous n'avons rencontré aucune opposition durant le tournage de LA RÉGION SAUVAGE.

EMAT ESCALANTE PROPOS

À la une
L'idée originale m'est venue de deux articles d'un journal local de Guanajuato. L'un parlait d'une jeune femme qu'une de ses connaissances avait tenté de violer en pleine forêt mais elle avait réussi à lui résister. À l'arrivée de la police, ils avaient tous les deux été placés dans la même chambre d'hôpital. Quelque temps après, on la traitait de « pute ». Plus tard, l'accusé a fui la ville, ce qui a rendu sa culpabilité évidente ; il est maintenant en prison. J'avais été étonné de toutes ces rumeurs, tous ces ragots et l'injustice que cette femme avait dû endurer. Le second article montrait une photo du corps d'un homme flottant dans un ruisseau avec en gros titre « Une tarlouze retrouvée noyée ». Cela m'a scandalisé. C'était un infirmier qui travaillait dans un hôpital public. Maintenant, à la place d'un homme qui a dévoué sa vie aux autres, les lecteurs de ce journal se souviendront de lui comme d'une « tarlouze ». Ces gros titres ont été le déclencheur de LA RÉGION SAUVAGE. J'ai cherché une raison de les rassembler ; c'est comme ça que j'ai fini par faire appel à quelque chose qui ne serait pas de notre monde. 

Les personnages
J'essaye de ne pas juger les actions de mes personnages. Ils peuvent tous être considérés comme victimes des circonstances, à commencer par Angel. Il pourrait très bien être perçu comme malveillant alors qu'en réalité ce n'est pas une mauvaise personne. Il a juste trop peur de se confronter à lui-même. Pour moi, notre instinct animal doit être accepté ou bien nous souffrirons comme souffrent les personnages dans le film. Quand bien même ils meurent, ils ont enfin vécu et ont été libérés des chaînes des « limites » de leur existence en s'abandonnant à leurs véritables désirs. 

Le sexe
Certains besoins primaires de la vie comme se nourrir, déféquer et se reproduire, sont nécessaires à la survie de l'espèce humaine. Le dernier est un devoir primordial, même si on ne s'en rend pas forcément compte. La récompense est le plaisir que le sexe nous apporte, sans quoi il aurait été oublié il y a bien longtemps, et nous n'existerions sans doute plus. Mais les Hommes sont très contradictoires : nous voyons le sexe comme pervers et même
parfois, dans une certaine mesure, presque contrenature. Nous grandissons avec cette contradiction. Dans mon film, la Créature représente le sexe à l'état pur. Les Hommes n'ont pas d'autre choix que de se lâcher totalement. Ils ressentent le plaisir comme jamais auparavant, parce qu'avec la Créature, ce n'est pas seulement un abandon physique, c'est également un abandon mental. En ajoutant un aspect fantastique à l'histoire, je voulais créer une représentation symbolique de la complexité ambigüe du « Ça » freudien, qui est la partie la plus obscure de notre personnalité, là où se réfugient les instincts de l'Homme. Le « Ça » est le seul élément de la personnalité qui est présent dès la naissance. C'est la source de nos besoins corporels, de nos désirs, de nos pulsions. C'était une approche idéale pour aborder et développer ces idées ainsi que cet aspect de notre nature profonde.

Le fantastique
L'idée de la Créature m'est venue après plusieurs versions du scénario, que j'ai écrit avec Gibrán Portela. Il y avait quelque chose que je n'arrivais pas à expliquer, quelque chose qui n'avait en aucun cas de sens, ou du moins, dont je n'arrivais pas à tirer un sens. Et puis cette chose m'est venue à l'esprit, et d'un coup, pour les personnages et leurs raisons d'agir, tout est devenu logique. J'étais aussi un peu lassé de cette réalité brute dans mes films, et une cabane au fond des bois est l'élément typique du cinéma fantastique. 

La créature
La conception de la Créature s'est faite avec l'aide de Morten Jacobsen de la société danoise Soda, et avec les croquis de Sune Elskær. Peter Hjort (MELANCHOLIA, NYMPHOMANIAC) a été le responsable des effets spéciaux et Ghost, une société spécialisée dans les effets spéciaux, l'a adapté pour le cinéma. Ainsi, c'est la toute première coproduction entre le Mexique et le Danemark, dont fait également partie le directeur de la photographie Manuel Alberto Claro. La Créature devait pouvoir avoir des relations sexuelles avec les humains, c'est donc devenu sa principale caractéristique. Je voulais aussi qu'elle soit mystérieuse et qu'elle attire le regard, qu'elle soit sensuelle en quelque sorte. Je la trouve à la fois séduisante, grotesque et sale. 

Pourquoi ce film ?
Pour tous mes films, j'essaye de regarder droit devant moi, sans sourciller, si on peut dire. Pas seulement en ce qui concerne la violence, de façon générale. Dans SANGRE, je voulais faire face à la banalité sans compromis et directement parce que je trouvais cette manière de faire innovante. Je veux être présent dans le contexte, le sentir profondément en moi. Bien sûr, certains spectateurs réagiront dans le sens où beaucoup de gens n'aimeraient pas se retrouver dans cette situation ou aucune autre du même genre. Un film comme HELI, pour moi, ça devait être une claque en pleine figure. Pas forcément pour le public mais pour moi, un peu comme quand on ne sait pas vraiment si on rêve et si c'est bien la réalité en face de nous. Ce qui m'a le plus motivé, c'est l'injustice que je vois autour de moi. En ce sens, je suis fier d'avoir dit comment je vois les choses dans mon pays à travers un film qui a été vu par énormément de gens au Mexique. 

Un changement radical
Avec LA RÉGION SAUVAGE, c'était la première fois que je fa sais lire le scénario aux acteurs et que je répétais avec eux régulièrement. Ça a été un changement assez radical pour moi, puisque jusque-là, je n'avais jamais laissé mes acteurs approcher le scénario et jamais je n'avais répété avec eux, sauf juste avant le tournage d'une scène. Je me suis senti capable de raconter l'histoire que je voulais de façon plus intime et sans tous les compromis de mes premiers films. Avant, j'avais l'habitude de n'engager que des acteurs non-professionnels mais là j'ai travaillé avec des gens qui étaient vraiment intéressés par le jeu d'acteur. Ça a fait une grosse différence. 

Le son et l'image
Je pense que je m'exprime plus facilement avec des images. Exprimer les choses avec des mots a toujours été quelque chose sur lequel j'ai dû travailler. Pouvoir le faire à travers les films est mon salut. Les mots peuvent mentir beaucoup plus que les images et parfois les images sont les mots exacts - pour moi tout du moins. C'est en partie pour cela que je me sens poussé à raconter des histoires avec des images et des sons. Mon père est peintre et ma mère était violoncelliste. Aussi loin que remonte ma mémoire, je me rappelle ses peintures et les notes de son instrument. Je mélangeais ces deux éléments d'une façon propre à comprendre le reste du monde. Paradoxalement, je suis plutôt mauvais pour prendre des photos ou des vidéos dans la vie de tous les jours. Je préfère capturer l'instant avec mes yeux puis le garder au fond de ma tête et laisser mon imagination retravailler dessus. Pour rester dans cette idée, je me considère aussi comme un mauvais touriste parce que prendre des photos des lieux que je visite représente un gros effort pour moi.     

Groupement Nationale des Cinéma de Recherche
http://www.gncr.fr