L’Amant d’un jour

FILM FRANÇAIS DE PHILIPPE GARREL (2017 - 1H16) logo audiodescription
AVEC ÉRIC CARAVACA, ESTHER GARREL, LOUISE CHEVILLOTTE
PRIX SACD, QUINZAINE DES RÉALISATEURS, 2017

Après une rupture, une jeune étudiante rentre chez son père. Elle découvre que ce dernier est en couple avec une femme du même âge qu’elle...
« Légèreté primesautière, vitesse, autodérision : dans L’Amant d’un jour, le cinéaste filme les états d’âme d’un quinquagénaire confronté au regard amusé de sa maîtresse de 23 ans. » Libération

HORAIRES

7 > 11 JUILLET

vendredi: 20h45
samedi: 18h30
samedi: 16h30
mardi : 18h30 D

PRESSE

L’Amant d’un jour s’inscrit dans la continuité du récent virage négocié par Garrel avec La Jalousie et L’Ombre des femmes, qui dessinent une série de films pointillistes, aussi concis que des nouvelles, brossés dans de splendides lavis en noir et blanc, et consacrés à chaque fois au récit particulier d’un "épisode" amoureux. Le Monde
On pourrait dire que c’est de la routine mais non, point du tout. C’est le sommet de l’art : la simplicité. Philippe Garrel n’a plus rien à prouver, il creuse son art, il est au travail, comme un peintre tous les jours dans son atelier, avec les mêmes pinceaux, les mêmes couleurs, il travaille et progresse, essaie d’être encore meilleur. Les Inrockuptibles
Légèreté primesautière, vitesse, autodérision : dans "l’Amant d’un jour", le cinéaste filme les états d’âme d’un quinquagénaire confronté au regard amusé de sa maîtresse de 23 ans (...). Libération
Observateur à distance choisie des aspirations féminines au désir, Philippe Garrel éclaire de sa lanterne le "continent noir" freudien par la belle limpidité de sa maîtrise. L'Humanité
Avec les années, l'ancien chantre de l'underground a gagné en concision, en force expressive dans la peinture des sentiments et des visages, distordus par les pleurs, rieurs aussi, sereins et lumineux.
Télérama
Deux scènes seulement et le dernier film de Garrel est déjà au-delà de tout ce qu’on a vu récemment. A quoi reconnaît-on un grand cinéaste en quelques plans ? À sa capacité d’imposer une logique abstraite qui n’a rien à voir avec une logique narrative. Cahiers du Cinéma

Note d’intention
Quand il était tombé avec elle, quand il avait osé la prendre dans ses bras, quand ils avaient versé sur le lit de fortune au milieu de tous ces étrangers et ces enfants qui vivaient là à l’université et qui ne semblaient pas s’apercevoir de leur présence alors qu’ils étaient si proches, quand il l’avait pénétrée si chastement alors qu’elle souriait et se lovait contre lui en bougeant doucement son corps alors que leurs peaux à tous les deux se faisaient si douces l’une pour l’autre, il avait compris que oui c’était à l’amour qu’ils avaient cédé et qu’ils s’abandonnaient, l’amour qui venait d’intervenir dans leur vie auquel il ne s’attendait pas et auquel ils ne pouvaient plus se refuser. Elle avait vingt ans et toutes les armes de la jeunesse et lui bien cinquante et ça il ne s’en rendait plus compte. Vingt ans, mais voilà c’était aussi l’âge de sa fille à lui. Il y songeait en se rhabillant. Comment prendrait-elle ça sa fille, qu’il chérissait entre toutes ? Maintenant qu’il connaissait à nouveau l’amour
PHILIPPE GARREL

L’AMANT D’UN JOUR EST LE TROISIÈME VOLET D’UNE TRILOGIE, APRÈS LA JALOUSIE ET L’OMBRE DES FEMMES.
Oui, j’avais déjà fait un triptyque avec La Cicatrice intérieure, Athanor et Le Berceau de cristal : c’était fait pour faire une séance de cinéma, de 2h45. Ça a eu lieu une fois, à Chaillot. Pour une rétrospective, ils m’avaient demandé quel cadeau ils pouvaient me faire, et j’avais demandé deux séances gratuites, une de La Cicatrice intérieure et une de Marie pour mémoire, et de faire une séance avec les trois films d’affilée, sans rallumer la lumière. Avant ça, Athanor avait été attaqué, un critique avait dit que je me heurtais à un mur, à l’évidence que le cinéma, c’est du mouvement. La Cicatrice, c’était des travellings et de la musique, Athanor c’était du silence et de plans fixes et ensuite on reprenait Le Berceau, avec la musique d’Ash Ra Tempel. Donc Athanor marchait bien comme interlude entre deux parties d’un concert. Mais là c’est une trilogie, ce n’est pas fait pour être projeté ensemble.

ÇA VOUS EST APPARU QUAND, QUE VOS TROIS DERNIERS FILMS FORMAIENT UNE TRILOGIE ?
En préparant le deuxième. J’ai fait La Jalousie et j’ai vu que le prototype marchait. Le film faisait 1h15 : ¼ d’heure de moins, c’est ¼ d’heure de moins à produire. Mais il y a plein d’exemples de films courts dans l’histoire du cinéma : personne ne se souvient que Le Cuirassé Potemkine fait 1h05. Donc j’ai gardé le même prototype et je l’ai reproduit trois fois – un film de 1h15 tourné en 21 jours. Et en Scope noir-et-blanc.

PAR-DELÀ CETTE DIMENSION ÉCONOMIQUE, LA TRILOGIE S’EST-ELLE ENGENDRÉE À PARTIR DE MOTIFS THÉMATIQUES ?

Comme spectateur j’aime autant les autres arts que le cinéma. Je ne suis pas plus cinéphile qu’amateur de peinture. Mais il y a une chose que j’ai fait à long terme dans ma vie, c’est lire Freud. J’ai dû commencer en 1975. Au Conservatoire, je leur fais apprendre depuis plusieurs années les deux rêves de Dora, ou le rêve de l’homme aux loups. Quand je fais un film – c’est pour ça que j’adore Bergman, presque autant que Godard – il y a un devoir freudien que je me colle à moi-même. Dans La Jalousie, je voulais traiter de la névrose chez la femme ; dans L’Ombre des femmes, la libido chez la femme ; dans L’Amant d’un jour, l’inconscient chez la femme. Dans L’Amant d’un jour, je voulais parler du complexe d’Electre, c’est-à-dire le pendant féminin du complexe d’Œdipe, même si ce n’est pas complètement symétrique. Electre a fait tuer sa mère, Clytemnestre, parce qu’elle s’était remariée avec un autre homme. Dans le film, c’est l’histoire d’une amitié consciente entre une jeune fille et sa jeune belle-mère qui a le même âge qu’elle, et comment l’inconscient de cette jeune fille la pousse à se débarrasser de cette rivale pour le père. Ce n’est pas très important de comprendre ça mais c’est comme ça que je l’ai bâti

Extrait d’un entretien réalisé par Stéphane Delorme
Les Cahiers du Cinéma – mai 2017

Groupement Nationale des Cinéma de Recherche
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